"13% de plus" sur une donnée isolée ? Et on croit que la différence d'opportunité entre un jeune en difficulté dans ce département, et ailleurs serait de seulement 13% ? C'est un aveu, ce n'est pas un argument. Il n'y a pas 13% de difficultés en plus dans ce territoire, il y en a bien plus. D'ailleurs, il ne compare pas avec Paris précisément pour une raison simple, parce que Paris est mieux traité. Paris qui justement ne tourne que grâce aux parents de ces adolescents ici, qui prennent le train deux heures par jour, soit autant de temps en moins passé avec leurs enfants.
Je le pensais ignorant de la réalité du terrain, je pense désormais qu'il est cynique. Là, sa mission est politique, de gestion de crise. Crise qu'il ne comprend pas, pour un métier qu'il ne connait pas, et un public servi auquel il n'a jamais parlé, et auquel il n'a pas envie de parler. C'est un ministre de l'éducation qui détesterait avoir à éduquer. C'est un gérant distant, dont les compétences sont des notions de ressources humaines, pas un homme de service. Mais pire que ne pas savoir, il y a choisir ses données pour mentir au pays.
Geffray prend ici les métriques qui l'arrangent. Il ne mentionne pas le profil des enseignants qui sont envoyés en banlieue : des titulaires inexpérimentés (dont le salaire est plus bas) pressés de rentrer dans leur région, un plus grand nombre de contractuels recrutés avec des exigences insuffisantes, et il y a les effets de la note d'admission au concours de professeur des écoles exceptionnellement basse. Tout ça mis bout à bout est une entrave plus forte à la réussite que n'importe quel ratio d'encadrement en situations idéalisées. Autre élément, en Seine-Saint-Denis, les enseignants ne sont pas remplacés. Ils ne sont pas remplacés parce que ce gouvernement a fait de ce métier un repoussoir total.
Le pyromane nous parle du feu.
Certains voudraient faire croire que l’État délaisse les élèves de certains territoires. Les faits disent le contraire.
En Seine-Saint-Denis, l’État investit 13 % de plus par élève à l'école primaire que la moyenne nationale. Au lycée en voie générale et technologique, le nombre moyen d'élèves par classe est inférieur de deux élèves par rapport à la moyenne nationale.
On peut toujours discuter du niveau d'encadrement en Seine-Saint-Denis, et plus généralement du fonctionnement du service public de l'éducation. Pas diffuser des fausses informations pour faire croire à une relégation bien éloignée de l'intérêt réel des élèves.
Le débat sur l’École exige de la rigueur. Nos élèves méritent mieux que des contre-vérités.