17 octobre 1961. Il pleuvait sur Paris. Prรจs de 30 000 Algรฉriennes et Algรฉriens marchaient sans armes contre un couvre-feu raciste, pour lโรฉgalitรฉ et lโindรฉpendance de leur pays. La rรฉponse de lโรtat : plus de 11 000 arrestations, des centaines de morts, des corps jetรฉs dans la Seine. Puis des dรฉcennies de mensonge.
Ce soir, ร Saint-Denis, nous ne sommes pas restรฉs devant une plaque. Pour la premiรจre fois, nous avons marchรฉ ensemble. Parce que commรฉmorer, cโest promettre de transmettre.
Je pense ร Fatima Bedar, 15 ans, venue soutenir les manifestants avec son cartable. On lโa retrouvรฉe noyรฉe dans le canal, ร quelques mรจtres de lร oรน nous รฉtions. Aujourdโhui, un jardin de notre ville porte son nom. ร Saint-Denis, Fatima ne sera jamais une victime anonyme. Et ร Fatima, nous devons justice.
Cette justice a un nom : la reconnaissance du crime dโรtat. Jโai signรฉ lโappel des maires qui porte cinq exigences : reconnaรฎtre le crime dโรtat, inscrire le 17 octobre au calendrier des journรฉes nationales, ouvrir pleinement les archives, soutenir la transmission auprรจs des jeunes, accompagner les survivants et leurs familles.
Sur un crime dโรtat, il nโy a pas de ยซ en mรชme temps ยป. Chaque force politique doit dire clairement de quel cรดtรฉ elle se tient. Soixante-cinq ans de silence, cโest assez.
Reconnaรฎtre, ce nโest pas se repentir. Cโest montrer une France assez forte pour regarder son histoire en face. Cโest dire aux enfants des quartiers populaires que leur histoire nโest pas une note de bas de page.
Et quand la haine redevient un argument รฉlectoral, quand on trie les Franรงais selon leur origine, la mรฉmoire du 17 octobre devient un rempart.
Vรฉritรฉ, mรฉmoire, justice. 65 ans aprรจs, il est temps.