totalement exact .... c'est une honte absolue >
6,700 : Le refus de se souvenir de nos politiciens
Il existe des nations qui affrontent leurs morts directement. D'autres les enfouissent dans le silence. Le 11 septembre 2001, l'Amérique a perdu 2 977 vies. Sa réaction a été celle d'un peuple qui comprend la portée du souvenir : des monuments, des noms gravés, des cérémonies annuelles, Ground Zero devenu une blessure nationale. Ces vies avaient un poids. Cette tragédie devait être transmise aux générations suivantes. Voilà comment agit une société qui se refuse à banaliser l'horreur.
Au Québec, la situation est plus crue, et personne n'ose y poser les yeux. Deux fois plus de morts qu'au World Trade Center : 6 700 personnes âgées qu'on a laissées mourir dans des conditions que les mots ne parviennent pas à rendre. Enfermées comme du bétail. Sans eau, sans nourriture, sans soins. Délaissées derrière des portes fermées à clé tandis que leurs proches imploraient qu'on les autorise à intervenir. Le gouvernement a eu recours à des décrets pour empêcher qu'on les secoure. Des ambulanciers ont reçu la consigne de ne pas réanimer. Les médias ont nourri la fiction d'hôpitaux saturés sans jamais montrer les urgences. Ceux qui essayaient de filmer étaient mis à la porte. Le tout dans un silence organisé, où la peur faisait office de paravent.
Le double des morts du 11 septembre. Pas de commémoration. Pas de monument. Pas de nom gravé. Pas d’enquête. Pas de cérémonie pour rappeler que ces personnes ont vécu, ont souffert, ont été trahies par ceux qui avaient la charge de les protéger. Rien. Une société qui refuse de se rappeler ses morts, accepte l'inacceptable. Elle rend l'indifférence normale. Elle choisit d'effacer plutôt que d'affronter ce qu'elle a laissé advenir. Je pense à cette dame en fin de vie, qu'on a sortie dehors en plein froid, simplement pour qu'elle voie ses enfants une dernière fois. Cette scène aurait dû briser le cœur de tout politicien qui aime ses citoyens. Elle n'a suscité qu'un silence embarrassé, comme si la compassion elle-même avait été confinée. Sylvain Laforest a fait un documentaire qui devait être vu partout, mais les médias n’en ont même pas parlé. Honteux!
Les politiciens mêlés à cela, ont poursuivi leur carrière comme si rien ne s'était passé. Les médias ont continué leurs récits comme si la vérité était fausse. Et aujourd'hui, à la veille d'une nouvelle élection, on nous demande de voter pour des gens qui ont refusé une enquête, entravé des citoyens, considéré des voix légitimes comme des nuisances, pris part à cette sombre période, et espèrent que le temps effacera leurs traces. Le Québec est devenu un asile à ciel ouvert : la gauche se prend pour Dieu, la droite se fait qualifier d'extrême, les mots ont perdu leur sens, la justice s'est évaporée, la charte des droits n'est plus qu'un torchon couvert de poussière, et les morts sont des ombres qu'on préfère taire pour ne pas gêner les ambitions électorales.
On discute climat, taxes, voitures électriques, carbone, transition, campagne électorale. Jamais de ces 6 700 morts. Jamais de ce qui s'est produit derrière les portes verrouillées. Jamais de cette honte collective qu'on étouffe sous des slogans et des promesses. Si vous accordez une majorité à ceux qui ont déjà démontré leur inhumanité, vous revivrez la même léthargie que sous la CAQ. Le même aveuglement volontaire qui a permis qu'on confine tout le monde chez soi deux fois en deux ans. Le même réflexe de réélire plus fort que jamais ceux qui avaient déjà malmené la population.
On me dit toujours de tourner la page. Comment le faire quand elle est imbibé de sang, quand aucune commémoration n'existe, quand aucun nom n'a été gravé, quand aucune cérémonie ne vient rappeler que ces personnes ont vécu, ont souffert, ont été abandonnées. Le Québec a perdu deux fois plus de gens qu'au 11 septembre et n'a même pas eu la décence de s'en souvenir. Je ne pardonnerai jamais. Certains politiciens présents à cette époque devraient avoir honte. Le problème, c’est qu’ils s’en foutent.