ANTISÉMITE ? MON ŒIL !
il paraît que LFI est antisémite.
Voilà, c’est dit. C’est même devenu tellement évident dans certains médias qu’on n’a désormais plus besoin de preuves.
On pose « LFI » à côté d’« antisémite », on mélange vigoureusement avec trois éditorialistes, deux anciens socialistes en manque d’affection et un plateau de CNews, puis on sert brûlant avant que quelqu’un ait l’idée saugrenue de demander : « Vous auriez des faits avec ça ? »
Parce que, lorsqu’on commence à ouvrir les dossiers, la soupe médiatique prend soudain une drôle de consistance.
Prenons d’abord Gaza. À écouter certains gardiens autoproclamés du temple, employer le mot « génocide » à propos de l'action menée par Israël serait déjà la preuve que vous avez caché Mein Kampf derrière votre carte LFI.
- Amos Goldberg, historien israélien spécialiste de la Shoah et professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, affirme : « Ce qui se passe à Gaza est un génocide. » Alors, antisémite, Amos ?
- Raz Segal, historien israélien spécialiste de la Shoah et des génocides, parlait dès octobre 2023 d'un « cas d'école de génocide ». Alors, antisémite, Raz ?
- Omer Bartov, historien israélo-américain, spécialiste mondialement reconnu de la Shoah et des génocides, a lui aussi conclu qu'Israël commettait un génocide à Gaza. Alors, antisémite, Omer ?
- Daniel Blatman, autre historien israélien spécialiste de la Shoah, cosigne avec Goldberg un article au titre qui ne nécessite pas exactement le décodeur de Champollion : « Il n'y a pas Auschwitz à Gaza. Pourtant, c'est un génocide. » Encore un antisémite ?
À ce rythme-là, il va falloir agrandir sérieusement les locaux de LFI, parce qu’on va bientôt y retrouver la moitié des historiens israéliens spécialistes de la Shoah en train de plier des tracts avec Mélenchon.
Mais attendez, le buffet n'est pas terminé.
- B'Tselem, grande organisation israélienne de défense des droits humains, publie en 2025 un rapport intitulé « Our Genocide » et conclut qu'Israël commet un génocide à Gaza.
- Même conclusion chez Physicians for Human Rights Israel, organisation israélienne qui publie son propre rapport « Genocide in Gaza ».
Diantre ! Voilà maintenant les Israéliens qui se mettent à faire de « l'antisémitisme LFI ». Ça devient contagieux. Heureusement qu’on a les plateaux télé français pour expliquer aux historiens israéliens ce qu’ils ont le droit de penser de leur propre gouvernement.
Et puisqu’on parle de LFI, allons jusqu'au bout de cette étrange expérience consistant à regarder les faits. L'Union juive française pour la paix a publié une réponse collective à l'accusation d'antisémitisme contre LFI dans laquelle le mot employé est assez peu diplomatique : « calomnie ». Encore des antisémites, probablement. Des Juifs antisémites défendant des Insoumis antisémites parce qu'ils dénoncent les actes d'un gouvernement israélien qualifiés de génocidaires par des historiens israéliens juifs. Vous suivez ? Moi non plus, mais rassurez-vous : à 9 heures demain matin, un éditorialiste nous expliquera tout cela avec la sérénité du type qui vient de découvrir Wikipédia dans le taxi.
Et la CNCDH, organisme dont la fonction consiste précisément à étudier le racisme et l'antisémitisme plutôt qu'à remplir les fauteuils des chaînes d'info, rappelle que l'antisémitisme traditionnel demeure plus marqué à droite et à l'extrême droite.
Là, curieusement, le mégaphone médiatique se transforme en coton-tige.
Le véritable péché de LFI c’est d’avoir refusé de confondre les Juifs avec Israël, Israël avec son gouvernement, le gouvernement israélien avec tous les Israéliens et la critique du gouvernement israélien avec la haine des Juifs. Et c'est justement cette confusion permanente qui devient vertigineuse : expliquer que les Juifs seraient collectivement comptables des décisions d'un gouvernement parce qu'il se proclame leur représentant universel constitue une conception pour le moins étrange de la lutte contre l'antisémitisme.
(Marc Arnaud )