Le mot souveraineté revient souvent dans les discours sur l'IA et le numérique en France. Et pourtant il est rarement défini.
Pour le nouveau post de Intelligence Humaine - newsletter RH et IA, j'ai essayé d'expliciter ma compréhension, en utilisant la métaphore du mille-feuilles technologique.
Chaque couche dépend des couches adjacentes. En bas, les lentilles optiques (Zeiss, Allemagne). Au-dessus, les machines à graver les puces (ASML, Pays-Bas). Puis les fonderies (TSMC, Taïwan). Puis les processeurs (Nvidia, États-Unis). Puis le cloud. Puis les modèles. Et tout en haut, les entreprises qui s'en servent, dont Alan.
Aucun pays ne contrôle la pile entière. Pas même les États-Unis.
Et c'est plutôt une bonne nouvelle. Car cette interdépendance est un facteur de paix. Si chacun contrôlait tout, faire cavalier seul deviendrait bien plus tentant.
Le sujet pour la souveraineté en France, c'est l'autonomie stratégique : si un fournisseur vous coupe l'accès, avez-vous une solution de repli ? même dégradé, même temporaire, mais suffisante pour ne pas être à genoux.
C'est aussi la force des modèles ouverts. Si vous détenez les paramètres, personne ne peut vous couper l'accès. Not your weights, not your model.
Il faut faire attention aux contresens qui tendent vers le protectionnisme économique sur certaines couches sous-optimales : cela tend à affaiblir les couches supérieures (notamment la couche applicative, où on a encore la chance de pouvoir concourir au niveau mondial).
David Djaïz apporte un complément important dans notre article avec Maxime Le Bras : il préfère parler de résilience numérique plutôt que de souveraineté. Le vrai test, selon lui, tient en une question : pourriez-vous migrer ou changer de fournisseur en six mois sans casser votre activité ? La souveraineté vue depuis l'entreprise, c'est la liberté de choix, la réversibilité et la diversité.
La souveraineté, au fond, c'est un rapport de force. On ne négocie qu'avec ce qu'on peut offrir (et j'ose penser que la France en a encore sous le capot !).