Mais on s en fout !!!!!
Allaiter ou ne pas allaiter : ce choix appartient Ă chaque femme. â€ïž
Sans injonction. Sans jugement. Sans culpabilité.
Mais pour celles qui choisissent dâallaiter, il faut aussi parler de la rĂ©alitĂ©.
Il y a ces moments suspendus, ce petit corps contre soi, cette sensation assez folle de nourrir son bébé.
Et puis il y a les nuits hachĂ©es. Les tĂ©tĂ©es qui sâenchaĂźnent. La douleur parfois. La fatigue. Les doutes : est-ce quâil boit assez ? Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je vais tenir ?
Une tĂ©tĂ©e aprĂšs lâautre. Un jour aprĂšs lâautre.
La mise en place de lâallaitement est trĂšs souvent un vrai dĂ©fi !
Ce qui me frappe, câest quâon explique beaucoup aux femmes pourquoi lâallaitement est bĂ©nĂ©fique. On les encourage Ă allaiter.
Mais ensuite, on les laisse encore trop souvent se débrouiller seules.
Comme si allaiter Ă©tait uniquement une affaire de volontĂ© individuelle, alors que les conditions dans lesquelles on devient mĂšre comptent Ă©normĂ©ment : le soutien que lâon reçoit, le travail que lâon reprend, le temps dont on dispose, les personnes qui nous entourent.
Et mĂȘme dans lâespace public, allaiter reste parfois quelque chose quâil faudrait faire discrĂštement, presque en se cachant.
On voit encore des femmes Ă qui lâon demande de se couvrir, de se dĂ©placer, ou que lâon regarde de travers parce quâelles allaitent dans un restaurant, un magasin ou un lieu public. Un ami il y a quelques annĂ©es mâa racontĂ© quâavec sa femme, ils sâĂ©taient vu reprocher un allaitement⊠dans la salle dâattente dâun commissariat !
Un bĂ©bĂ© qui a faim nâa pourtant pas Ă attendre que sa mĂšre trouve un endroit oĂč elle ne dĂ©rangera personne.
Allaiter dans lâespace public ne devrait ĂȘtre considĂ©rĂ© ni comme une provocation, ni comme un acte militant, ni comme un inconfort pour les voisins⊠ni mĂȘme comme un sujet de dĂ©bat. Ăa devrait simplement ĂȘtre banal.
Et ça aussi, câest politique.
En France, une salariĂ©e dispose dĂ©jĂ , pendant la premiĂšre annĂ©e de son enfant, dâun temps prĂ©vu par le Code du travail pour allaiter ou tirer son lait.
Mais ce temps nâest pas nĂ©cessairement rĂ©munĂ©rĂ©.
Et entre reconnaĂźtre un droit et permettre rĂ©ellement aux femmes de lâexercer, il y a encore un Ă©cart.
Si nous voulons que celles qui souhaitent allaiter puissent réellement le faire, il faut leur en donner les moyens.
âĄïž Des pauses dâallaitement effectives et rĂ©munĂ©rĂ©es, avec des lieux adaptĂ©s pour tirer et conserver son lait.
âĄïž La possibilitĂ© dâun congĂ© dâallaitement choisi et indemnisĂ©, pour ne pas avoir Ă arbitrer entre son allaitement, son travail et son salaire (cela a bel et bien existĂ© en France entre les annĂ©es 1950 et 1975 - seules quelques conventions collectives le mentionnent aujourdâhui, comme celle de la Croix-Rouge ou encore celle du secteur audiovisuel mais seulement si « la nĂ©cessitĂ© dâallaiter est attestĂ©e par un certificat mĂ©dical »).
âĄïž Un vĂ©ritable accompagnement aprĂšs la sortie de la maternitĂ© : sages-femmes, consultantes en lactation, PMI, visites Ă domicile. Parce que câest souvent une fois rentrĂ©e chez soi que les difficultĂ©s commencent.
âĄïž Un retour au travail plus souple : horaires adaptĂ©s, tĂ©lĂ©travail lorsque câest possible, reprise progressive.
âĄïž Et du temps pour le deuxiĂšme parent aussi. Parce quâune femme qui allaite ne devrait pas avoir Ă assurer, en plus, toute la logistique de la maison et du bĂ©bĂ©.
Lâallaitement ne devrait pas ĂȘtre un privilĂšge rĂ©servĂ© Ă celles qui ont suffisamment de temps, de moyens ou un travail compatible.
Et il ne devrait pas non plus devenir une épreuve de volonté.
Une sociĂ©tĂ© qui dit aux femmes « lâallaitement c'est important » doit ĂȘtre capable de leur dire aussi : « alors, nous allons vous donner les moyens de le faire ».
Ă celles qui allaitent en ce moment, peut-ĂȘtre cette nuit, Ă©puisĂ©es, un bĂ©bĂ© au sein et les yeux Ă moitiĂ© fermĂ©s : courage. â€ïž
Vous nâavez rien Ă prouver.
Et si vous souhaitez continuer, ce nâest pas seulement Ă vous de tenir.
Câest aussi Ă la sociĂ©tĂ© de vous soutenir.