Je pense aussi que c’est nécessaire mais je ne crois pas qu’on y arrivera si vite.
Trop de monde vit sur le dos de la bĂŞte.
Trop de monde a intérêt à ce que ça continue.
Je pense que nous sommes Ă l'aube de la chute totale de l'empire du mensonge bureaucratique.
Pas dans dix ans. Pas dans une génération. Maintenant, sous nos yeux. Et quand on regarde les signaux un par un, on se demande comment on peut encore ne pas les voir.
Commençons par ceux qui ont déjà osé.
En Argentine, Javier Milei est arrivé au pouvoir fin 2023 avec une tronçonneuse comme symbole et un pays que tout le monde disait condamné. Il a confié à Federico Sturzenegger un ministère unique au monde : un ministère dont la mission est de supprimer des règles. Le bilan revendiqué est vertigineux : 719 textes de dérégulation, qui ont à leur tour modifié ou supprimé 2 803 normes, soit 16 771 articles. Pendant ce temps, l'inflation, qui dépassait 25 % par mois à son arrivée, est tombée à 1,7 % en août 2026, le chiffre le plus bas depuis 14 mois et le plus bas pour ce mois depuis 2017. Tout n'est pas rose, il y a eu de la douleur, et ses opposants la documentent. Mais le message envoyé au monde est limpide : on peut démonter la machine, et le pays ne s'effondre pas. Il respire.
Aux États-Unis, on a vu quelque chose d'inédit : l'entrepreneur le plus puissant de la planète quitter temporairement ses entreprises pour aller affronter l'administration fédérale avec le DOGE. On peut débattre de ses résultats, et on ne s'en prive pas. Mais le symbole, lui, est énorme. Il dit une chose que des milliers de bâtisseurs pensaient tout bas : les meilleurs entrepreneurs du monde n'en peuvent plus. Ils aiment créer de la valeur. Ils veulent construire des fusées, des médicaments, des usines, des IA. Et ils passent une part grandissante de leur énergie à négocier avec des systèmes qui ne produisent rien, sinon des obstacles. Quand ceux qui construisent commencent à se lever contre ceux qui entravent, c'est qu'un cycle se termine.
Et puis il y a nous. La France. L'Europe.
Regardez les chiffres, et ce ne sont pas des opinions. À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique française atteignait 3 536 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB. Le taux auquel l'État emprunte à dix ans a explosé tout au long de l'été jusqu'à franchir 4,50 % le 14 septembre, son plus haut niveau depuis 2008. L'Agence France Trésor prévoit d'emprunter 310 milliards d'euros cette année, un record. S&P a dégradé la note de la France à A+ en octobre 2025. Les gouvernements tombent les uns après les autres, incapables de voter un budget qui ne soit pas un aveu d'impuissance.
Nous empruntons pour payer les intérêts de ce que nous avons emprunté. Et nous empruntons de plus en plus cher.
Et pendant ce temps, que fait l'Europe ? Elle veut régler les problèmes de la terre entière. Réguler l'IA mondiale, fixer les normes du climat pour la planète, dicter aux géants américains comment concevoir leurs produits, donner des leçons de gouvernance à tous les continents. Une institution incapable de régler les problèmes de ses propres peuples, l'insécurité, le pouvoir d'achat, le logement, le déclassement industriel, se rêve en conscience morale de l'humanité.
C'est la définition même de la déconnexion du réel.
Et les peuples le sentent. Partout en Europe, la colère monte. Les votes antisystème progressent élection après élection. La confiance dans les institutions s'effondre. Le fossé entre ceux qui produisent les normes et ceux qui les subissent n'a jamais été aussi large. Les uns vivent dans les rapports, les conférences et les communiqués. Les autres vivent dans le réel, et le réel, lui, présente toujours l'addition.
Paradoxalement, tout ça me rend profondément optimiste.
Parce qu'un système fondé sur le mensonge ne peut pas durer indéfiniment. Il peut tenir longtemps, très longtemps même, tant qu'il y a de l'argent à emprunter pour masquer ses échecs. Mais le jour où le crédit se tarit, le mensonge ne peut plus être financé. Et un système qui ne produit pas de valeur finit toujours par s'effondrer sous son propre poids.
Je pense que ce moment est imminent. Je ne sais pas quelle forme il prendra. Une crise de la dette. Une explosion des taux. Un gouvernement contraint d'accepter des conditions qu'il refusait hier. Et oui, vu la trajectoire actuelle, même l'idée d'un défaut de paiement de la France n'est plus aussi impensable qu'elle l'était il y a quelques années.
Il m'arrive mĂŞme de me demander si une crise ne serait pas, au fond, salutaire.
Je ne le dis pas à la légère. Une crise ferait mal, et ceux qui paieraient le prix le plus lourd seraient, comme toujours, ceux qui n'ont rien décidé. Mais un système qui refuse de se réformer ne laisse que deux options : une chute brutale ou une agonie lente. Et l'agonie lente fait souvent plus de victimes, simplement parce qu'on ne les voit pas.
Il y a une vieille phrase allemande qui résume tout : mieux vaut une fin dans l'horreur qu'une horreur sans fin.
Ce qui tombe peut être reconstruit. Sur des bases saines, cette fois. La responsabilité individuelle plutôt que la norme. La création plutôt que la conformité. La liberté de prendre des risques plutôt que la peur de dépasser. Un État qui protège au lieu d'entraver.
L'empire du mensonge bureaucratique va tomber. La seule question est de savoir si nous serons prêts à construire ce qui viendra après.
Moi, je le suis.