Il est terrible, le petit bruit des icônes qui s’écroulent.
Le parfum le plus vendu au monde porte le nom d'une femme qui a passé la guerre dans le lit de l'occupant.
Coco Chanel, l'icône intouchable de l'élégance française, ne s'est pas contentée d'une proximité charnelle avec le Troisième Reich : elle est devenue une espionne d'Adolf Hitler.
Loin de la légende de la couturière visionnaire, les archives déclassifiées de la Défense révèlent l'agente F-7124 de l'Abwehr, nom de code : "Westminster".
Pendant que les Parisiennes subissaient les privations et l'occupation allemande, Gabrielle Chanel sablait le champagne au Ritz, devenu le quartier général du Troisième Reich, dans les bras du baron von Dincklage, un redoutable officier du renseignement militaire allemand.
Mais la créatrice n'était pas seulement une amante de la collaboration : c'était une prédatrice financière qui a utilisé les lois raciales imposées par Hitler pour s'enrichir.
En mai 1941, elle écrit au régime de Vichy pour tenter de voler la société Parfums Chanel à ses associés, les frères Wertheimer, qui ont dû fuir les persécutions.
Sa requête est d'une froideur absolue. Elle y exige noir sur blanc l'expropriation de ses partenaires : "Les Parfums Chanel sont encore la propriété de Juifs (...) je vous demande de bien vouloir m'adjuger la totalité des actions", arguant de son droit de priorité d'Aryenne.
Sa compromission va bien au-delà de la trahison financière. En 1943, les nazis l'intègrent à l'opération secrète "Modellhut".
Le but de cette mission ? Utiliser l'amitié intime de Chanel avec Winston Churchill pour tenter de négocier un accord de paix séparé entre le Troisième Reich et la Grande-Bretagne.
À la Libération, elle est arrêtée par la Résistance. Pourtant, elle ne sera jamais jugée ni condamnée pour sa collaboration active.
Elle est mystérieusement relâchée au bout de quelques heures et part s'exiler confortablement en Suisse. La raison de cette impunité totale ? L'intervention secrète de Winston Churchill en personne, soucieux d'étouffer un procès public qui aurait pu révéler les sympathies pro-nazies d'une partie de la haute société britannique.
Interrogée plus tard sur sa liaison avec l'officier allemand, elle balayera l'Histoire par cette phrase d'un cynisme écœurant : "Un homme, quand on a mon âge, on ne regarde pas son passeport !"
L'industrie du luxe préfère aujourd'hui célébrer la femme libre qui a émancipé les corps avec la petite robe noire.
Les registres militaires racontent plutôt l'histoire d'une antisémite forcenée et opportuniste qui a vendu son pays au Troisième Reich pour tenter de s'assurer le monopole de son parfum.