Vous accusez les autres de « fantasmer la guerre »,
@Clemence_Guette. Votre fantasme à vous est peut-être plus confortable : croire qu'il suffit de demander à l'Ukraine de moins résister pour que la guerre disparaisse. Appeler cela « désescalade ». Puis détourner les yeux de ce que cette désescalade signifie pour ceux qui devront la vivre?
Clémence, pour des millions d'Ukrainiens, votre fantasme de paix s'appelle l'occupation. Et l'occupation russe existe déjà. Le savez-vous, Clémence ? Ma propre famille a vécu sous cette occupation. Elle fait partie des chanceux qui ont survécu et ont pu fuir. Ce n'est pas une hypothèse. L'ONU et les médias internationaux documentent les détentions, la torture, les violences sexuelles, les déportations, la citoyenneté russe imposée par la contrainte, la répression de l'identité ukrainienne, l'endoctrinement des enfants, une balle dans la tête pour un mot en ukrainien… En septembre encore, l'ONU décrivait un système de violences sexuelles utilisées comme instruments de torture et de coercition.
À Olechky, dans ma région de Kherson, des milliers de civils vivent sous occupation dans une situation désespérée. La nourriture, les médicaments sont inaccessibles, l’évacuation est impossible.
Pendant ce temps, la Russie continue de bombarder l'Ukraine. Du 1er au 24 septembre, au moins 200 civils tués et 1 234 blessés par les attaques russes. Cette nuit encore, un enfant.
Et face à cette réalité, votre problème politique reste la résistance ukrainienne. C'est précisément là que votre prétendu anti-impérialisme devient indéfendable. Les liens passés de l'extrême droite française avec la Russie sont largement documentés. Elle ne me surprend plus. Ce qui me sidère, c'est de voir ceux qui se disent anti-impérialistes reprendre une logique où la paix se construit en limitant la résistance de l'agressé plutôt qu'en mettant fin à l'agression.
J'entends, en russe, depuis Moscou, l'exigence que l'Ukraine capitule. Et maintenant j'entends, en français, depuis Paris, votre « proposition » de paix. Les mots diffèrent. Le sens, non.
Vous pouvez appeler cela « paix », « diplomatie » ou « désescalade ». Mais cessez au moins d'accuser les Ukrainiens, et ceux qui les soutiennent, de « fantasmer la guerre ». Les Ukrainiens n'ont pas besoin de la fantasmer. Ils la vivent. C'est vous qui fantasmez une paix où l'occupation aurait, par miracle, cessé d'être une violence.
Les mots employés participent-ils à augmenter la menace russe ? Clémence Guetté, vice-présidente de l'Assemblée nationale et députée LFI du Val-de-Marne, appelle à faire baisser la pression et à privilégier "une stratégie de petits pas".
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