Bally Bagayoko incarne ce qu’une partie des Français se disant « minorités visibles » attendait : un représentant. Sportif, cadre, fils d’immigrés, musulman et désormais élu de la République, il coche les cases du « messie ». Dans un autre registre, Tariq Ramadan jouait ce rôle dans les années 2000 auprès de la jeunesse des quartiers : on restait rivés à l’écran pour écouter ses punchlines face à De Villiers, Sarkozy, Copé ou Zemmour. C’est le même mécanisme : un besoin d’admiration et d'identification.
Que peut-on en déduire ?
« La nature a horreur du vide » dit l'adage. Ce qui manque à certains jeunes, c’est la promesse républicaine : un stage, un logement, un travail, sans être discriminés pour un patronyme, une couleur de peau ou une religion présupposée. Logement et emploi restent les deux leviers qui, lorsqu’ils font défaut, minent le moral des individus. Ces discriminations finissent par devenir une obsession pour une partie d'entre eux.
Pourtant, ce qui manque profondément à certains, c'est juste les codes. Et malheureusement, l'École ne les transmet pas. Lorsqu'ils arrivent sur le ring du marché de l'emploi, la déception est encore plus profonde. Toutefois, l'individu doit faire preuve de résilience pour continuer à survivre. Il devient alors perméable aux discours identitaires et victimaires, sans oublier les résiliences profondes, en premier desquelles se trouvent les religions et autres croyances.
Que faire ?
Plus de République et plus d’autorité (au sens étymologique du terme) de l’État sont deux solutions — parmi d’autres — qui permettront à cette jeunesse de devenir des citoyens à part entière. Il me semble que cela doit être un enjeu pour les années à venir inscrit dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle. Il faut réparer sinon nous sommes condamnés comme le fut Sisyphe.
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, rejoint les manifestants à Paris, escorté par des jeunes