Les émeutes se succèdent, les violences se banalisent, et rien ne semble jamais bouger. Pourquoi ? Il y a plusieurs raisons à cela. En voici une.
Dans une partie des cercles parisiens où se fabrique le discours public, certaines phrases coûtent encore trop cher. Dire que ces violences relèvent souvent moins de la révolte sociale que du pillage et de la haine des institutions. Que des décennies de milliards investis dans les "quartiers" n'ont pas suffi, parce que tout ne relève pas des moyens mais aussi du culturel et de l'anthropologique. Que la violence d'un mineur tient souvent moins à la fameuse « société » qu'à une socialisation primaire défaillante, où l'autorité n'est pas transmise et la violence pas réprouvée, et qu'il faut donc engager la responsabilité des parents, y compris par la sanction. Que si l'assimilation a échoué pour certains, ce n'est pas faute d'avoir été proposée, mais parce qu'elle a été refusée. Dire tout cela, c'est s'exposer à la réprobation de son milieu et à une perte de statut. Fin des invitations, fin des tribunes, regards gênés au dîner, etc.
Personne n'est vraiment dans le déni. C'est un calcul social parfaitement rationnel. Tant que le signalement vertueux rapportera davantage socialement que la description du réel, le réel restera mal décrit. Et ce qu'on décrit mal, on le résout mal.