Nicolas Sarkozy a raison sur un point essentiel : un peuple ne peut pas oublier son histoire, ses traditions et les racines qui ont façonnĂ© son identitĂ©. Mais parler de « racines judĂ©o-chrĂ©tiennes » pour dĂ©finir lâhistoire de France est une formulation que lâon peut sĂ©rieusement contester sur le plan historique.
La France a des racines profondĂ©ment chrĂ©tiennes. Pendant plus dâun millĂ©naire, le christianisme a profondĂ©ment marquĂ© notre histoire, notre culture, nos institutions, notre patrimoine et notre maniĂšre de concevoir la sociĂ©tĂ©.
Il suffit de regarder notre histoire : le baptĂȘme de Clovis, le rĂŽle immense de lâĂglise dans la construction du royaume de France, les monastĂšres, les abbayes, les cathĂ©drales, les paroisses, les Ă©coles, les universitĂ©s, les Ćuvres de charitĂ© et les hĂŽpitaux. Pendant des siĂšcles, la vie collective française a Ă©tĂ© structurĂ©e par le christianisme.
Notre patrimoine en tĂ©moigne encore partout, Notre-Dame de Paris, Chartres, Reims, Amiens, VĂ©zelay, le Mont-Saint-Michel, les innombrables Ă©glises et chapelles de nos villages⊠Ce nâest pas un dĂ©tail folklorique de notre histoire. Câest une partie considĂ©rable de ce que nous sommes devenus.
Que le christianisme trouve historiquement ses origines dans le judaĂŻsme est une rĂ©alitĂ©. Mais cela ne suffit pas Ă faire de la France une nation historiquement construite sur des « racines judĂ©o-chrĂ©tiennes ». Le judaĂŻsme et le christianisme sont deux traditions religieuses distinctes, avec une histoire et une place diffĂ©rentes dans lâhistoire de France.
ReconnaĂźtre cette distinction ne signifie Ă©videmment pas nier la prĂ©sence ancienne des communautĂ©s juives en France, ni les apports de leurs membres Ă notre histoire. Cela signifie simplement quâil faut employer les bons mots lorsquâon parle de lâidentitĂ© historique française.
La France sâest construite dans une histoire oĂč le christianisme a occupĂ© une place centrale pendant des siĂšcles. Câest un fait historique, que cela plaise ou non.
Et contrairement Ă ce que certains semblent croire, rappeler les racines chrĂ©tiennes de la France ne signifie pas vouloir imposer une religion aujourdâhui. La RĂ©publique est laĂŻque, et chacun est libre de croire, de ne pas croire ou de pratiquer la religion de son choix.
La laĂŻcitĂ© nâoblige pas Ă effacer lâhistoire. Elle permet prĂ©cisĂ©ment de distinguer la foi personnelle de lâorganisation de lâĂtat.
On peut donc dĂ©fendre la laĂŻcitĂ© tout en assumant pleinement lâhĂ©ritage chrĂ©tien de la France. On peut accueillir, dialoguer et respecter chacun sans pour autant réécrire plusieurs siĂšcles dâhistoire.
Un peuple qui oublie son histoire finit effectivement par ne plus savoir dâoĂč il vient.
Mais justement : si lâon veut parler des racines de la France, encore faut-il les nommer correctement.
La France a des racines chrétiennes. Et ses églises, ses cathédrales, ses villages, ses traditions et une immense partie de son patrimoine sont là pour nous le rappeler.
Les racines ne sont pas des chaĂźnes. Elles sont ce qui permet Ă un arbre de tenir debout.
Nicolas Sarkozy a raison. La France a des racines judéo-chrétiennes.
Et on ne se coupe pas de ses racines. Un peuple qui oublie dâoĂč il vient finit par ne plus savoir oĂč il va.
La France nâest pas nĂ©e dâun dĂ©cret abstrait. Elle sâest formĂ©e dans une longue histoire : celle de la Bible et de lâĂvangile, du droit romain repris et transformĂ©, des cathĂ©drales, des Ă©coles, des hĂŽpitaux, de lâidĂ©e que chaque personne a une dignitĂ© irrĂ©ductible. Ces racines judĂ©o-chrĂ©tiennes ne sont pas une relique folklorique. Elles ont façonnĂ© notre rapport au temps, Ă la justice, Ă la libertĂ© de conscience, Ă la solidaritĂ© et mĂȘme Ă la laĂŻcitĂ©, qui nâa de sens que parce quâelle est nĂ©e dans ce terreau-lĂ .
ReconnaĂźtre cela nâest pas fermer la porte aux autres. Câest simplement refuser lâamnĂ©sie. Un pays qui nie son hĂ©ritage se condamne Ă nâĂȘtre plus quâun espace administratif, sans mĂ©moire et sans forme.
On peut accueillir, dialoguer, évoluer. On ne peut pas tout reconstruire à partir de rien.
Les racines ne sont pas des chaĂźnes. Elles sont ce qui tient debout.ââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââ
Si on coupe un arbre et ses racines, il n y a pas des branches ni de feuilles. đ