Le président socialiste célébré pour avoir aboli la peine de mort en France a envoyé 45 condamnés à la guillotine lorsqu'il était ministre de la Justice.
Dans l'histoire politique française, François Mitterrand est le pÚre de la victoire historique de mai 1981.
Il reste associé à l'une des plus grandes lois morales de la CinquiÚme République : la fin définitive des exécutions capitales, portée avec Robert Badinter à l'automne 1981.
Mais 25 ans avant d'Ă©riger l'abolition en grand principe rĂ©publicain, le mĂȘme homme a fait fonctionner la guillotine Ă une cadence implacable.
En janvier 1956, le gouvernement de Front républicain dirigé par le socialiste Guy Mollet arrive au pouvoir. François Mitterrand est nommé garde des Sceaux, ministre de la Justice.
La guerre d'Algérie fait rage. Les tribunaux militaires prononcent des dizaines de condamnations à mort contre les militants indépendantistes du FLN.
En tant que ministre de la Justice, Mitterrand occupe le poste clé au sein du Conseil supérieur de la magistrature. C'est lui qui instruit chaque dossier de recours en grùce avant la décision finale du président René Coty.
Entre février 1956 et mai 1957, en seulement seize mois d'exercice, 45 nationalistes algériens sont décapités dans les cours des prisons d'Alger, d'Oran et de Constantine.
Ces faits sont documentés par les archives officielles du Conseil supérieur de la magistrature, étudiées notamment par les historiens Benjamin Stora et Sylvie Thénault.
Les procÚs-verbaux des séances révÚlent l'inflexibilité du garde des Sceaux. Sur l'ensemble des dossiers de condamnés à mort algériens examinés sous son mandat, François Mitterrand rejette le recours en grùce dans plus de 80% des cas et donne un avis favorable à l'exécution.
La premiÚre exécution politique de la guerre a lieu sous son autorité le 19 juin 1956 à la prison Barberousse d'Alger.
Ce matin-là , Ahmed Zabana, trente ans, et Abdelkader Ferradj, 35 ans, marchent vers l'échafaud.
Pour Zabana, la guillotine s'enraye et se bloque Ă deux reprises avant de le tuer Ă la troisiĂšme tentative.
Quelques mois plus tard, le 11 février 1957, Mitterrand valide une autre exécution symbolique : celle de Fernand Iveton, le seul Européen d'Algérie guillotiné pendant le conflit.
Cet ouvrier communiste avait déposé une bombe dans son usine à gaz, réglée pour exploser aprÚs le départ du personnel. L'engin avait été désamorcé à temps et n'avait fait ni mort ni blessé.
Malgré l'absence totale de victimes et les appels à la clémence, le ministre de la Justice refuse la grùce pour faire un exemple politique et apaiser les partisans de l'Algérie française.
L'homme d'Ătat cĂ©lĂ©brĂ© par la gauche pour avoir aboli la peine de mort en temps de paix a auparavant utilisĂ© la guillotine comme un instrument d'autoritĂ© coloniale, envoyant Ă l'Ă©chafaud des dizaines d'hommes par pur calcul politique.