Brève réflexion sur l’avenir de la Montérégie: comment ne pas se faire terrebonniser (et un appel aux nationalistes de la troisième voie)
Les commentateurs au service du régime ont parlé : nous aurions assisté, en Montérégie, à une percée du Parti libéral, et rien d'autre. Ils le répètent, et le répètent encore, jusqu'à en faire une vérité officielle.
Sauf que c'est plus compliqué.
Oui, le PLQ augmente un peu son vote. Mais cette augmentation demeure insignifiante.
L’essentiel est ailleurs.
Ce qui se passe dans Vachon, et à La Prairie, et qui commence à se passer dans Montarville, est déjà arrivé dans Laval depuis 25 ans, et à Terrebonne, plus récemment – ce pourquoi j’ai dit de ces circonscriptions qu’elles sont en train de se faire terrebonniser.
C'est ce qu'on nomme pudiquement les changements démographiques. Apparemment, nous ne serons autorisés à les nommer qu'une fois ces circonscriptions devenues irrécupérables pour les nationalistes et les indépendantistes.
Résumons la chose : plus une circonscription est transformée par l’immigration massive, plus elle est appelée à voter PLQ. Le basculement ne se fait pas d’un coup.
D’abord se crée un premier bloc électoral libéral. Qui jamais ne s’érodera. Et peu à peu, il augmente. Il suffit alors de gagner une petite part du vote francophone pour l’emporter.
On l’a vu dans Taillon, où la majorité péquiste est réelle, mais tout sauf écrasante. Un jour, il n’y aura plus de majorité péquiste dans Taillon.
S’ajoute à cela, dans les trois circonscriptions mentionnées, la division suicidaire du vote nationaliste en trois partis. Elle sera probablement surmontée au moment des prochaines élections, quand la CAQ ne sera plus qu’un souvenir, ou un fantôme, et les caquistes du 450 sont d’ex-péquistes qui reviendront pour la plupart à la maison. Ce n’est toutefois une solution qu’à court terme.
On retiendra de tout cela une leçon : les Québécois francophones ont de moins en moins le luxe de leurs divisions suicidaires.
D’excellents esprits associés à la troisième voie, dont la loyauté au Québec est indéniable, redoutent lors d’éventuelles élections anticipées, dans 18 mois, que ne reproduise un scénario à la 2014, avec un PLQ misant sur l’effroi référendaire pour l’emporter à nouveau (et relancer l’immigration massive à un tel niveau qu’il verrouillera alors définitivement notre vie politique à son avantage).
Je leur pose la question : n’est-il pas temps, pour eux, de tourner la page de la troisième voie? Ne voient-ils pas qu’elle a avorté avec la CAQ? Qu’attendent-ils pour rallier le camp indépendantiste? Ne voient-ils pas venir le moment que je redoute, où nous aurons perdu le Québec pour de bon, après avoir perdu Montréal et Laval? Ne voient-ils pas venir la submersion migratoire ? Bien sûr qu'ils la voient. Croient-ils sérieusement qu'elle n'a rien à voir avec le régime canadien? Bien sûr qu'ils ne le pensent pas.
Qu’est-ce qui empêche un Simon Jolin-Barette, un Bernard Drainville, ou les meilleurs esprits issus de l’aile nationaliste du PCC, de dire : dorénavant, ce sera Oui? Un ultime attachement au Canada? Une aversion pour la supposée dominante progressiste du projet souverainiste, version PQ? Attendent-ils le référendum pour se décider ou s’afficher? Attendent-ils, comme je l'entends à l'occasion, que le Québec exploite davantage ses ressources naturelles?
Se sont-ils laissés convaincre par la propagande soutenant que les Québécois ne veulent absolument pas de référendum? La peur d’un troisième Non référendaire suffit-elle à les détourner du camp du Oui?Ne se disent-ils pas que le jour où, en tant qu’autonomistes sincères, ils rallieront le camp du Oui, le camp de l’indépendance, ils entraineront une partie de l’électorat avec eux? Ne se rendent-ils pas compte qu’ils ont dans leur main une clef pouvant débloquer en bonne partie la présente situation?
Le jour où mes amis nationalistes de la CAQ et du PCQ qui, au fond d’eux-mêmes, ne sont plus dans l’autobus du peut-être mais dans l’autobus du Oui basculeront officiellement, l’appui à l’indépendance progressera significativement. Ils peuvent, à leur échelle, à leur manière, dans un temps nouveau, refaire le chemin de Rodrigue Biron, de Jean-Guy Cardinal ou de Lucien Bouchard. PSPP, qui vient d’une autre tradition politique, a fait le même chemin. Vous connaissez la chanson : que le dernier entré laisse la porte ouverte s’il vous plait.
Et nous éviterons, en plus de cela, le scénario à la 2014 que les meilleurs d’entre eux redoutent.
Si j’étais au PQ, je leur tendrais la main. Si j’étais à leur place, je la saisirais. Les conditions actuelles sont favorables à cette grande ouverture.
Appelons-cela l’union des nationalistes, qui ne peut plus s’opérer aujourd’hui derrière l’autonomisme mou qui fantasme un Québec autonome dans un Canada multiculturaliste mais autour de l’indépendance.
D’ici là, la réforme du mode de scrutin, qui s’impose à l’agenda en ce moment, serait une très mauvaise idée.
Il faut s’assurer que la majorité historique francophone demeure aux commandes, au Québec, il faut empêcher qu’elle ne soit dépossédée politiquement. Déjà que certains considèrent qu’elle ne peut plus gagner un référendum (je n’en suis pas certain, mais je vois venir le jour où ce sera vrai), il ne faudrait pas qu’elle ne puisse plus gagner une élection. Comprenons-nous que nous arriverons bientôt au seuil de non-retour?
Nous n’avons aucune obligation morale, comme Québécois francophones, d’être politiquement et électoralement suicidaires pour nous soumettre aux conséquences de la stratégie de verrouillage démographique de l’avenir du Québec imposée par le PLQ et ses maîtres d’Ottawa.