L’exercice est beaucoup plus compliqué que ne le pensent les critiques de X.
1) La menace de violence est permanente (observez la sur-réaction à une simple blague). Tout peut déraper au moindre écart. Je marche sur des œufs ;
2) L’énergie et le temps à déployer pour répondre à chaque argument fallacieux, chaque sophisme, sont colossaux. Il faudrait se poser à une table et reprendre par écrit phrase par phrase. D’autant plus qu’ils n’écoutent pas. Je tente plusieurs incises mais Elwan se fout de répondre à mes remarques : je lui suggère que le RN et le fascisme sont deux choses différentes, que les plans banlieues sont massifs, que les gens qui vivent en banlieue ne sont pas « misérables », que le système social français est déjà l’un des plus généreux au monde, que les contrôles au faciès ne sont pas si au faciès que ça, étude à l’appui… Il ne répond à rien, reste dans le registre de la réthorique et glisse d’un sujet à l’autre. Son propos a bien la forme de la victoire car il reste très sûr de lui, mais sur le fond il n’en est rien.
3) Au fond, je laisse faire car je ne suis pas là pour gagner un débat mais pour recueillir des témoignages (sans me faire agresser) et pour que les spectateurs jugent sur pièce. Faire un reportage et débattre sont deux démarches différentes. Je peux donner ponctuellement mon point de vue, mais ce n’est pas l’essentiel de ce que je fais. D’ailleurs je note que je suis le seul, à ma connaissance, à avoir réussi à donner la parole à ces lycéens sans aller au clash. Je crois que c’est pour cela, pour ce tact précisément, que mes reportages sont vus très au delà de la sphère Internet de droite.
Merci à tous ceux qui ont compris cela.
Petite mise au point pour ceux qui critiquent la réaction de Lapierre : arrêtez de croire que vous feriez nécessairement mieux que lui, la quasi totalité des droitards se seraient liquéfiés.
Est-ce que c'est parce que ce jeune homme est brillant ?
Non, du moins rien ne le suggère ici. Comme sur X où il suffit de réussir à écrire un slogan gauchiste en français pour faire 25k likes, il lui suffit de réciter des platitudes avec éloquence pour se faire porter aux nues par toute une foule conditionnée à applaudir des slogans, et de plus en plus surprise de les voir répétés dans un français correct par quelqu'un avec plus de 100 de QI.
Ce “jeune” homme est en fait très vieux, il tient le même discours que ses grands-parents boomers en 68. Il n’en a pas conscience, mais il se débat pour sauver le régime en place de son autodestruction, en mimant ceux qui l’ont construit et toujours défendu.
Lapierre est sidéré parce que le débat est asymétrique. Il prend en plein visage 60 ans de défaite politique, par un judo rhétorique qui s’appuie sur deux piliers :
- Les dogmes du clergé, qu’il suffit d’invoquer pour cadrer toute discussion. Par exemple ici, les facteurs socio-économiques expliquent l’essentiel des comportements observables et sont nécessairement subis. Ces dogmes s’appuient sur des dizaines d’années de matraquage, toute conversation est à contre-courant.
Vous choisissez de les rejeter pour rester sur un cadre neutre de discussion ? Un sourire en coin viendra vous rappeler que vous refusez les règles communément admises par d’éminents chercheurs du régime, vous êtes déjà hors-jeu pour la plupart des normies à moins d’avoir une conviction et une éloquence hors du commun.
Vous choisissez de les contester ? Bon courage : vous êtes alors contraint de déployer une énergie colossale ne serait-ce que pour avoir le droit de débattre, en témoignant que vous acceptez implicitement la valeur de ce genre de déclaration. C’est une loi de Brandolini permanente, sauf que les conneries en question sont sanctifiées par 60 ans de propagande.
- Le culte de l’intention, qui se base sur une logique enfantine.
"Vous voyez bien que nos intentions sont bonnes, nous voulons simplement que les gens vivent mieux et c’est évident qu’ils vivront mieux si on (vous) leur donne plus d’argent ? N’êtes-vous pas d’accord ? Vous avouez donc vous opposer à de bonnes intentions, et vous placez de fait dans le camp “des méchants”."
Les effets de second ordre n’ont absolument aucune importance pour la gauche, qui se dégage de toute responsabilité de ses propres actions à partir du moment où les intentions initiales semblaient justifiées. Ce jeune homme se désolidarise d’ailleurs du système qui le précède dont il est pourtant l’héritier le plus pur.
Bref il faut être beaucoup plus fort que son interlocuteur pour le battre en tenant une ligne “de droite”, ce n’est pas pour rien qu’il y a eu peu de figures convaincantes qui ont émergé.