C'est le dauphin de Shrodinger votre histoire.
Tant qu'il est dans l'eau, on ne sait pas s'il est mort ou vivant đ€·ââïž
CEUTA : NE VOLEZ PAS AU DAUPHIN SA MORT
Depuis plusieurs jours, les images dâun jeune dauphin mort sur une plage de Ceuta circulent largement.
Elles sont choquantes et indignes.
Voir cet animal manipulé, porté et exhibé de cette maniÚre provoque légitimement la colÚre. Chez Sea Shepherd aussi.
Les faits Ă©tablis Ă ce stade sont toutefois limitĂ©s : un dauphin a Ă©tĂ© retrouvĂ© mort sur le rivage et son corps a Ă©tĂ© manipulĂ© par plusieurs personnes qui affirment quâil Ă©tait dĂ©jĂ mort quand elles lâont trouvĂ© . Une plainte a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e afin que les circonstances de sa mort soient Ă©claircies.
Le reste demeure incertain.
Aucune image rendue publique ne montre le dauphin avant sa mort. Les vidĂ©os disponibles ne montrent pas davantage le moment oĂč il aurait Ă©tĂ© tuĂ©. Selon les versions rapportĂ©es, lâanimal aurait Ă©tĂ© frappĂ© avec un bĂąton ou avec des pierres selon les versions. Ces affirmations ont Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ©es jusquâĂ devenir, dans certains mĂ©dias et sur les rĂ©seaux sociaux, une vĂ©ritĂ©.
Pourtant, le fait est quâĂ ce stade, nous ne savons pas comment cet animal est mort.
Cela ne signifie pas quâaucun acte rĂ©prĂ©hensible nâa Ă©tĂ© commis. Cela signifie que les faits doivent ĂȘtre Ă©tablis par une enquĂȘte, et non par la rĂ©pĂ©tition dâune accusation.
Nous voulons savoir dans quel Ă©tat se trouvait le dauphin lorsquâil est arrivĂ© prĂšs du rivage. Ătait-il vivant, blessĂ©, agonisant ou dĂ©jĂ mort ? Quâest-ce qui lui a Ă©tĂ© fait ? Si des personnes lâont volontairement blessĂ© ou tuĂ©, elles doivent ĂȘtre identifiĂ©es et rĂ©pondre de leurs actes.
Lorsquâon prĂ©tend dĂ©fendre les animaux, la vĂ©ritĂ© devrait compter.
Câest prĂ©cisĂ©ment pourquoi nous refusons que la mort de ce dauphin soit transformĂ©e en carburant politique.
En quelques heures, son histoire a cessĂ© dâĂȘtre celle dâun animal mort pour devenir celle de « migrants marocains ». Des mĂ©dias et des comptes qui ne se distinguent habituellement pas par leur engagement en faveur des animaux dĂ©couvrent soudain une indignation spectaculaire, au moment mĂȘme oĂč celle-ci leur permet de parler de « barbarie », de « migrants » et de « Marocains ».
Ce nâest plus dĂ©fendre un animal.
Câest utiliser un animal.
Le choix des mots nâest pas neutre. Pourquoi lâorigine supposĂ©e ou le statut administratif des personnes prĂ©sentes sont-ils devenus lâinformation centrale ? Si un Français commet un acte de cruautĂ© envers un animal en France, titre-t-on systĂ©matiquement sur « un Français » ? Si un Espagnol maltraite un animal Ă Ceuta, son identitĂ© nationale devient-elle automatiquement le sujet principal ?
La cruautĂ© envers un animal est le fait dâindividus. Elle nâa ni passeport, ni ethnie, ni statut migratoire.
Ă Ceuta, territoire marquĂ© par une histoire complexe et par un conflit de souverainetĂ© entre lâEspagne et le Maroc, qualifier immĂ©diatement les personnes prĂ©sentes de « migrants marocains » inscrit cette affaire dans un rĂ©cit politique qui dĂ©passe largement ce dauphin et lâindignation lĂ©gitime que suscitent ces images.
Le dauphin, nâa rien Ă voir avec les frontiĂšres humaines. Il ne connaĂźt ni Ceuta, ni Madrid, ni Rabat. Il ne connaĂźt ni nos drapeaux, ni nos querelles de souverainetĂ©, ni nos obsessions identitaires.
Et pourtant, aprĂšs sa mort, il est devenu malgrĂ© lui lâun de leurs instruments.
Câest peut-ĂȘtre cela qui nous rĂ©volte le plus : que sa souffrance, rĂ©elle ou supposĂ©e, passe au second plan derriĂšre le besoin de dĂ©signer un camp, un ennemi ou une population Ă mĂ©priser.
Sea Shepherd combat la cruautĂ© envers les animaux sans distinction. Nous demandons une enquĂȘte complĂšte, transparente et rigoureuse : analyse des images originales, recueil des tĂ©moignages, examen des circonstances de lâĂ©chouage et dĂ©termination prĂ©cise des causes de la mort
Si ce dauphin a été volontairement tué, nous demanderons justice pour lui. Mais nous ne participerons jamais à une mise en accusation collective fondée sur des faits qui ne sont pas établis.
Aimer les animaux ne signifie pas abandonner son esprit critique. Au contraire, câest refuser quâils servent Ă nourrir notre part dâombre.
Nous exigeons la vĂ©ritĂ©, la justice pour lâanimal et la fin de son instrumentalisation.
Ce dauphin mĂ©rite mieux que de devenir aprĂšs sa mort une arme dans une guerre qui nâĂ©tait pas la sienne.
Lamya Essemlali
Présidente Sea Shepherd France