N'ayant pas lu le livre d'Orélien Thésylon, je n'émettrai aucun avis péremptoire. Peu m'importe ce cas particulier ; il n'est que le prodrome de ce qui menace la littérature en général : la littérature vient d'entrer dans une nouvelle ère du soupçon, bien plus profonde que celle que diagnostiquait Nathalie Sarraute en 1956.
Bradbury était trop optimiste : ce n'est pas le scénario de Fahrenheit 451, celui de la censure, qui est en train de se réaliser. C'est celui qu'imaginait Italo Calvino dans Si par une nuit d'hiver un voyageur, quand un gang de faussaires, l'OPA (Organisation du Pouvoir Apocryphe), inonde les librairies de livres apocryphes, truqués, fabriqués par ordinateur.
L'impossibilité où nous serons bientôt de savoir s'il y a quelqu'un derrière une page rompt le pacte de confiance sur lequel est fondée la littérature. La littérature ne mourra pas d'interdit, mais de falsification.
Il restera sans doute de vrais livres, mais qui pourra les distinguer avec certitude, dans une ou deux générations ? L'IA continuera à s'améliorer tandis que les compétences de lecteur iront diminuant... L'AUTEUR, c'était l'étalon-or d'un roman. L'ère des ORDINAUTEURS sera celle des faux-monnayeurs du livre. Rien ne sera plus comme avant.