Patron du NKVD et bras droit de Staline, Lavrenti Beria n'utilisait pas seulement sa police pour traquer les dissidents : il se servait des limousines du Parti pour rabattre des jeunes femmes et des mineures, les violer à la chaîne, et les enterrer dans son jardin.
L'architecte de la Grande Terreur avait une devise personnelle glaçante : "Montrez-moi l'homme, et je vous trouverai le crime".
Mais derrière le bureaucrate sanguinaire se cachait un prédateur sexuel en série et un véritable psychopathe, qui avait transformé les rues de Moscou en terrain de chasse personnel.
La méthode était d'une froideur industrielle. Le ministre parcourait la capitale à l'arrière de sa luxueuse Packard blindée.
Lorsqu'il repérait sa proie, parfois de jeunes filles encore mineures à la sortie de l'école, il la désignait du doigt à ses hommes.
Ses gardes du corps arrêtaient le véhicule, interpellaient la cible sous un prétexte officiel, et l'embarquaient de force vers la résidence ultra-sécurisée du chef de la police.
En 1953, à la mort de Staline, les cadres du Parti paniquent à l'idée que Beria prenne le pouvoir absolu. Ils organisent un coup de force pour l'éliminer.
C'est lors de son procès, joué d'avance, que la vérité éclate. Pour asseoir sa chute, ses rivaux forcent ses anciens sbires à déballer ses crimes à la barre.
Le chef de sa garde rapprochée, Rafael Sarkisov, témoignera de cette mécanique implacable :
"Il m'ordonnait de les suivre, de prendre leur adresse, et de les amener chez lui par la ruse ou par la force."
Sarkisov livrera d'ailleurs aux juges ses propres carnets : des listes manuscrites recensant plus de 300 victimes rabattues pour son patron, parmi lesquelles figuraient de nombreuses mineures.
Après les viols, Beria imposait une signature macabre. Il ordonnait qu'on offre un bouquet de fleurs à la victime.
Le message était limpide. Celles qui acceptaient le bouquet en silence achetaient leur survie. Celles qui le refusaient étaient immédiatement broyées par la machine d'État.
L'actrice soviétique Tatiana Okounevskaïa, l'une de ses rares victimes survivantes, racontera le cynisme de son bourreau :
"Il m'a violée, puis m'a dit calmement que si je ne me taisais pas, on ne me reverrait plus."
Elle fut d'ailleurs déportée au Goulag peu après.
Mais le sadisme du ministre n'allait pas seulement jusqu'à la déportation. Beria était un serial killer.
La preuve absolue de sa psychopathie est remontée à la surface des décennies plus tard.
Dans les années 1990 et 2000, lors de travaux de rénovation dans son ancienne résidence (devenue l'ambassade de Tunisie à Moscou), les ouvriers ont fait une découverte effroyable.
Des ossements humains étaient enterrés à même le jardin de la propriété.
Les restes dissimulés de jeunes femmes et d'adolescentes. Celles qui n'avaient probablement pas accepté les fleurs.
Certains nostalgiques continuent de vanter la rigueur implacable de l'ordre stalinien face à la décadence du monde libre.
Ils oublient que le gardien suprême de cette morale publique, finalement exécuté d'une balle dans la tête par ses propres camarades, n'était qu'un serial killer en uniforme utilisant l'utopie communiste pour transformer sa propre résidence en charnier.