Le putsch de Von der Leyen
Dans son désormais traditionnel discours sur l’état de l’Union, Mme Von der Leyen a annoncé vouloir faire main basse sur les politiques de défense et la politique étrangère. Se prenant pour une véritable présidente de l’Europe, la pourtant simple présidente de la Commission proposera, avec Kaja Kallas, la mise en place « d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité » qui englobera ce qui pour l’heure relève largement de la diplomatie entre états et de leur souveraineté.
Soyons clairs : l’Europe ne sera utile à la France que si elle redevient un instrument au service des Nations et des peuples qui la composent. Et la France, en position de force parce que contributeur net au budget de l’Union, sera utile à l’Europe en y imposant des coopérations renforcées avec les États qui partagent sa vision de l’indépendance, en un temps où tous les pays européens ont besoin de sortir de la vassalité.
Mais ce n’est pas tout. Non contente de vouloir conduire l’UE à un nouvel élargissement à marche forcée, Mme Von der Leyen, dans son ouverture aux quatre vents, décrète étendre l’Union européenne par-delà les océans en faisant du Canada « le premier membre associé de l’UE ». Elle prétend même, après l’accord commercial CETA d’il y a 10 ans imposé de force, « passer à une alliance pour l'avenir afin de créer un espace commun de prospérité et de sécurité économique ». Un espace commun ! On avait compris que l’Europe de Mme Von der Leyen n’allait plus de l’Atlantique à l’Oural, on découvre qu’elle va du Danube au Pacifique !
Qui l’a autorisée à cela ? Quelles sont ses prérogatives pour conférer à un état du continent américain, pour ami qu’il est, le statut de membre associé qui pourrait par exemple lui permettre de bénéficier de financements de l’UE et de répondre aux appels d'offres militaires si l’Allemagne, qui fait pression en ce sens eu égard à ses partenariats stratégiques en matière de défense avec des entreprises nord-américaines, obtient gain de cause ? Pourquoi Mme Von der Leyen apparaît-elle ainsi si bien coordonnée avec les intérêts de Berlin alors même que Paris s’y oppose ?
Une dernière question : jusqu’à quand les responsables français vont-ils rester les bras ballants ?