JUSTE POUR DIRE…
Des kilomètres à pied avec un cartable chargé que l'on se passait d'une main à l'autre, des kilomètres que l'on devait faire avec la pluie, la neige ou en plein soleil…
Les casquettes de baseball n'existaient pas, frérot…
Pas de bus pour rejoindre nos classes, nous n'avions que nos jambes...
Ces kilomètres nous menaient à l'école ou au lycée où nous devions être impérativement présents pour l'ouverture des immenses portes…
Quelques pas dans la petite cour pavée ou entassés sous le préau suivant les caprices du temps ensuite, nous nous retrouvions en rang bien alignés face à nos maîtres ou nos professeurs.
Nous n'avions pas besoin de laisser nos téléphones portables aux casiers, nous n'en avions pas et même s'ils avaient existé, nos parents nous auraient défendu de les emmener en cours…
Et nous l'aurions accepté sans rechigner.
À 8 heures trente, nous regagnions nos classes…
Une phrase de morale était copiée chaque jour en début de journée par les écoliers.
Ou une pensée du jour ou un élément d’instruction civique et la journée commençait.
Les exercices de copie, de dictée, de rédaction et de récitation reprenaient aussi ces "sentences" morales.
Ces maximes étaient parfois répétées à l’identique ou reformulées dans d’autres termes, afin que ces maximes soient mieux assimilées.
Cette morale, qui imprégnait les cours de l’école primaire, est restituée dans l’ordre chronologique des classes, du cours préparatoire au CM2.
Développer la politesse, l’obéissance, l’instruction, le sens de la famille et du travail, le patriotisme, le civisme, mais aussi l’hygiène, la sobriété et le respect de la nature.
Telle était l’ambition morale de l’école primaire de nos années.
Après le CM2, nous faisions le grand saut vers les portes du grand savoir, tous sensibilisés au respect pour l'autre, qui plus est quand c'étaient nos professeurs que l'on percevait comme de grands savants en blouses grises.
À partir de l'instant où nous avions franchi la porte du lycée, nous étions prêts à commencer notre marathon du savoir…
Comme chauffage, nous n'avions qu'un poêle à charbon pour l'hiver et les fenêtres grandes ouvertes en début d'été…
Nous ne nous comptions pas, on s'en moquait car tous, à part les cancres, partagions le même souhait : accéder en fin d'année à la classe supérieure qui nous mènerait vers le magique baccalauréat…
Heureux ceux qui l'auraient en poche, malheureux ceux qui ne l'auraient pas…
Pour les premiers, le choix d'une possible belle carrière, pour les autres le début d'un chemin de croix…
Et les heures ne comptaient pas non plus, entre les cours et les devoirs à la maison sur la table de la cuisine la plupart du temps…
Nous finissions souvent vers le soleil couchant…
L'important, c'était d'être prêt à répondre au savant qui peut-être le lendemain nous interrogerait.
Et surtout de rendre fiers nos parents qui souvent s'étaient privés de tout pour nous offrir cette merveilleuse clé.
Les jours, les mois passaient jusqu'au jour où les vacances commençaient…
Les jeux, les promenades et les devoirs de vacances nous accompagnaient…
Je n'ai pas souvenir d'avoir eu ne serait-ce que l'idée d'une révolte.
Tout me paraissait normal, car il fallait apprendre…
Cette habitude ne m'a jamais quitté, aujourd'hui à plus de 70 ans j'étudie encore et je découvre des trésors de savoir encore cachés.
Mes professeurs m'ont appris à ouvrir les yeux sur notre monde, aujourd'hui grâce à eux, je continue à m'émerveiller…
Quand je vous vois aujourd'hui brailler des onomatopées et détruire votre avenir, je n'ai qu'une chose à vous dire : la vie n'est pas un long fleuve tranquille, armez-vous, si vous ne voulez pas vous noyer.
AH-2026.