Rien de bien sensationnel, en vérité, je devrais même avoir honte quand je découvre la sélection de certains ici. Mais elle colle assez à qui je suis et à ce que je fais. Chandler, c'est une évidence, et "The Long Goodbye" est son meilleur livre. Jamais la ville n'a été aussi bien décrite, jamais les tourments des hommes qui la peuplent si bien saisis et l'éternelle solitude de Marlowe a toujours trouvé un étrange écho en moi. Joseph Mitchell, célèbre journaliste du New Yorker s'inscrit aussi dans cette perspective. Quant à Ellroy, avec sa construction du récit avec autant de personnages que d'angles narratifs, il est un maitre absolu.
"Glengarry Glen Ross", c'est ma rencontre adolescent avec le théâtre américain. Des agents immobiliers ont une semaine pour regonfler leurs chiffre d'affaire où ils prennent la porte. Qui dit Théâtre américain, dit Clifford Odets. Theatre de relation, de contrainte, de force. Sa première pièce, "Waiting for Lefty'. date de 1935. Des chauffeurs de taxi attendent leur délégué syndical, un certain Lefty. En attendant, ces hommes discutent entre deux. Ils sont pauvres, craignent le chômage, vivent des humiliations quotidiennes. A la fin de la pièce, on apprend que Lefty est mort et les chauffeurs de taxi laissent éclater leur colère. Sans surprise, Clifford était un lecteur attentif de Tchekhov, comme Mamet et, plus modestement, comme moi. J'ai toujours trouvé un peu anecdotique le Tchekhov-dramaturge (La Cerisaie est une purge, voilà la vérité). En revanche, le Tchekhov nouvelliste survole à peu près tout le monde. Mamet, Odets et le théâtre américain des années 50 m'ont amené à Pinter. Autre grand choc théâtral. Pour moi, "Le retour" est sa meilleure pièce. Là encore, il s'agit d'un théâtre de pouvoir, mais avec un détournement vertigineux du langage et une sexualité toujours empêchée, refoulée, qui crée le malaise. Shakespeare, évidemment, qui m'a fait entrer dans le théâtre élisabéthain qui, pour moi, est le meilleur théâtre qui soit. C'est un théâtre d'action, assez peu psychologique, très exigeant en terme d'écriture. Un prof de théâtre m'a dit un jour " ce théâtre est très simple, tu réunis deux personnages dans une même pièce, tu fais sonner le téléphone et tu répands du sang sur les murs pendant 1h20. " Enfin, Syd Field...Qu'est-ce qu'un manuel d'écriture vient faire dans une sélection des "9 livres que je n'oublierai jamais". Eh bien, le grand manitou du scénario enseigne à ses élèves qu'aussi bons qu'ils pensent être, ils ne le seront jamais au point de se passer de travailler sur la structure de leur histoire. Incident déclencheur, plot-points, relance du deuxième acte et climax. On est pas obligé de tout acheter en bloc, mais tout auteur gagne à le lire. C'est une leçon de travail et d'humilité.