Interdire LFI ? La République a déjà essayé ça. Elle s'en est mordu les doigts pendant un siècle.
9 décembre 1893. Un anarchiste jette une bombe dans l'hémicycle. Trois jours plus tard, la Chambre vote une loi d'exception en 30 minutes, 413 voix contre 63, sans même autoriser une suspension de séance pour lire le texte. Deux autres suivront. Presse muselée, « association de malfaiteurs » à géométrie variable, délit d'opinion.
L'Histoire les a baptisées les lois scélérates. Jaurès s'y est opposé seul à la tribune. Il a fallu attendre 1992 pour les abroger.
Ces lois visaient des gens qui tuaient : Ravachol, Vaillant, Caserio, l'assassin du président Carnot. Des hommes qui voulaient la fin de l'État, pas gagner des élections.
Aujourd'hui, on propose d'appliquer le même réflexe à un parti qui a fait 22 % à une présidentielle, qui siège à l'Assemblée, qui se soumet au suffrage.
Qu'on le combatte, qu'on le batte dans les urnes : c'est la démocratie.
Qu'on le dissolve par décret : c'est autre chose.
Mettre dans le même sac un mouvement qui veut gouverner et une mouvance qui veut abolir l'État, c'est exactement la confusion de 1894. Celle qui fabrique des martyrs, radicalise les marges et finit cassée par les juges, le Conseil d'État vient de le rappeler en annulant la dissolution des Soulèvements de la Terre.
On ne protège pas la République en lui empruntant ses pires réflexes.
Ceux qui appellent à interdire LFI ne commettent pas une erreur de droit.
Ils commettent une faute historique.