La lettre et l’esprit.
Évidemment que, juridiquement, le dispositif concernera tout le monde.
Il ne manquerait plus qu’on écrive noir sur blanc : « Cette mesure est destinée aux vieux. »
Ce serait tellement grossier que même ceux qui l’ont imaginée n’oseraient pas le faire.
Alors on enveloppe tout cela dans le papier cadeau du « tous les conducteurs ».
Mais personne n’est dupe.
Quand on parle du vieillissement de la population, de la baisse des capacités physiques et cognitives et de la nécessité de contrôler régulièrement l’aptitude à conduire, chacun comprend très bien qui est dans le viseur.
Et je trouve cela profondément méprisant.
Oui, il existe des personnes âgées qui conduisent mal.
Certaines sont même dangereuses. Le nier serait stupide.
Mais il existe aussi des jeunes qui conduisent sous stupéfiants, des adultes qui conduisent complètement ivres, des conducteurs qui roulent comme des fous ou utilisent leur téléphone au volant.
Alors soyons cohérents : si le principe est de contrôler périodiquement la dangerosité potentielle d’un conducteur, contrôlons-la réellement.
Parce qu’un type qui passe un test à 30 ans peut très bien être parfaitement apte ce jour-là et prendre sa voiture complètement défoncé ou complètement saoul six mois plus tard.
Mais avec le vieux, c’est différent : on voudrait instaurer une sorte de contrôle périodique de son aptitude à rester autonome.
La loi dira : « tout le monde ».
L’esprit de la mesure dit : « surveillons particulièrement les vieux ».
Et c’est précisément cela qui me choque.
À force de considérer les personnes âgées comme un problème à gérer, une population qu’il faut surveiller, contrôler, limiter et parfois empêcher de faire ce qu’elles faisaient librement depuis des décennies, on finit par leur envoyer un message terrible :
vous êtes vieux, vous nous emmerdez.
P
Ce n’est pas l’âge qui doit déterminer la dangerosité d’un conducteur. C’est son état réel et son comportement réel.
Et qu’on arrête de prendre les vieux pour des imbéciles en leur expliquant que cette mesure n’est absolument pas pensée pour eux parce que, juridiquement, elle s’appliquera à tout le monde.
Il y a la loi. Et il y a l’esprit de la loi.