🔴 BARDELLA, PRIS AU PIÈGE DU « FAUX »
L’histoire politique française retiendra peut-être que Jordan Bardella aura été foudroyé politiquement par une conversation privée sur Facebook Messenger vieille de 13 ans. Pas seulement pour ce qu’il y a écrit. Mais pour avoir choisi de tout nier.
Il aurait pu plaider l’erreur de jeunesse. Dire : j’avais 17 ans, j’ai changé.
Il choisit l’exact inverse : « faux grossiers », démenti total, plainte en diffamation, « guerre totale ». Marine Le Pen embraye elle aussi : « barbouzerie », « dinguerie » et cette phrase à Mediapart : « il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar ».
Sauf que ce soir, Mediapart sort ses preuves. Et c’est très concret. Et c’est du très lourd.
Rappelons ce dont on parle. Car les messages antisémites ne sont pas anodins : banques prétendument détenues par les juifs, fantasme d’un « ordre mondial » dominé par Israël, lien entre sionisme et domination bancaire, soupçons contre le Mossad autour du 11-Septembre…
(Sans parler du lien avec Soral déjà documenté et, comme celui avec Chatillon, indiscutable).
On apprend ce soir l'arme du crime : des messages Messenger envoyés par Bardella. Donc l'appli de messagerie de Facebook. On ne sait pas à qui.
Les conversations viennent de DEUX sources différentes.
@AnttonRouget et
@aberteau_ précisent seulement qu’elles ont toutes les deux évolué dans l’entourage de Bardella et qu’elles n’ont « aucun lien entre elles ».
Mes méticuleux confrères indiquent les avoir rencontrées à de nombreuses reprises depuis le printemps.
L’un des interlocuteurs de Bardella demande directement à Meta, la maison mère de Facebook, l’extraction de ses conversations Messenger de 2013. Le dossier généré par Meta contient l’historique complet de la conversation et permet d’établir qu’elle n’a pas été modifiée depuis 2013.
L’extraction est ensuite certifiée par huissier... (Headshot...)
Ensuite, encore faut-il démontrer que le « Jordan Bardella » de Messenger est bien Jordan Bardella. Et là aussi, la démonstration est implacable.
Dans la conversation, l’auteur raconte que sa mère est née en Italie et son père en France, parle de son engagement « chez Marine Le Pen », de son anniversaire, de ses études. Il évoque sa pétition contre la suppression de la bourse au mérite, son passage par Alfaccueil à Saint-Denis, son échec au concours de Sciences Po et même précisément le cursus qu’il voulait intégrer.
Et ce n’est pas tout. La deuxième source accepte elle aussi de passer par une extraction de ses données auprès de Meta.
Et il y a un dernier élément assez saisissant.
Fin 2013, Bardella explique à un proche qu’il crée un deuxième compte Facebook entièrement consacré au FN : « Je dédie ce compte exclusivement au FN, l’autre restera un compte perso. »
Au total, Mediapart explique avoir interrogé 18 personnes au cours de cette enquête menée pendant plusieurs mois.
Et maintenant, il y a Marine Le Pen.
Elle a choisi de défendre Bardella immédiatement. Mais une question reste entière : que savait-elle exactement de ces messages, et quand ?
Bardella l’avait-il prévenue avant la publication ?
Est-ce que leur lien de confiance peut s'en remettre ?
Et le calendrier, lui, est brutal.
Congrès du RN à Orléans les 24 et 25 octobre. Le 24, annonce des résultats de l’élection à la présidence du parti. Le 25, premier grand meeting de la campagne présidentielle.
Or Bardella n’est pas seulement le président du RN. Il est aussi l’homme que Marine Le Pen a publiquement installé dans le rôle de possible Premier ministre en cas de victoire en 2027.
Donc LA question politique, ce soir, est :
Jordan Bardella reste-t-il l’homme que Marine Le Pen veut installer à Matignon ?
Ou cette affaire va-t-elle l’amener à rebattre les cartes de son tandem pour 2027 ? Éric Ciotti ? Un autre allié ? Quelqu’un qui surgira dans la campagne ?
Et pour reprendre le vocabulaire de Marine Le Pen, qui demandait à Mediapart d’enfiler un Kevlar : sur la défense du « faux », cette enquête frappe en plein centre de la cible. On est jamais mort en politique mais ça va être compliqué de survivre à ça.
Source principale : Mediapart
mediapart.fr/journal/france/…