Peut-être il n'est pas tant question du gouvernement. Aujourd'hui, la jeunesse travailleuse qui était à l'avant-garde jusqu'à maintenant, mobilisée indépendamment de la social-démocratie syndicale&électorale, n'a plus été au centre. C'est un reflux de l'indépendance politique. +
Je comprends la "nostalgie" du 17, mais je pense que c'est une erreur d'appréciation de penser que cette journée était une victoire pour le gouvernement.
On vient de vivre une semaine d'offensive autoritaire, d'intimidations répressives brutales et toute une partie des manifestations aujourd'hui ont été interdites. Dans ce contexte, il était improbable (voire impossible) que le 24 octobre soit un 17 octobre bis, et il faut partir de là.
Or, à Nantes, Lyon, Bordeaux, Lille, Metz, Tours, Montpellier, Sens, Besançon, Caen, Annonay, Lorient ou Le Havre les manifestant ont défié partiellement ou totalement les interdictions, et par milliers, alors que les centre-villes avaient été barricadés, les transports parfois coupés, etc. A Marseille, après une journée du 17 très radicale et une propagande pour terrifier la population, le 24 a été ultra-massif.
Bien sûr, à Paris le parcours était scandaleux et c'est un problème que l'Intersyndicale ne soit pas allé au bout du bras de fer avec la Préfecture. Mais même si c'était frustrant de manifester dans ces conditions, ce n'est pas rien (et c'est même une bonne surprise) que les gens aient afflué par milliers.
Bien sûr, la composition des cortèges n'était pas exactement la même que le 17 : plus "peuple de gauche", moins prolo, même si il y avait encore énormément de lycéens. Il y a aussi eu moins d'éléments d'affrontement face à un dispositif qui avait été prévu pour écraser le moindre débordement. Mais pour le gouvernement c'est malgré tout une défaite.
Sa rhétorique toute la semaine n'était pas seulement orientée contre les secteurs plus radicaux, c'était un outil de démobilisation, une tentative de séparer les secteurs les plus modérés de la lutte en cours. Et elle a continué, sous une forme différente, mais qui n'enterre pas les éléments de radicalité politique du 17 ou de la révolte lycéenne.
Cette radicalité est profonde, politique, elle concerne de larges secteurs de la jeunesse, et elle ne va pas disparaître après une manifestation. Cette semaine on était dans une autre phase, mais ce samedi c'était pas un reflux. Au contraire, la semaine se conclut en soulignant les limites politiques de l'offensive autoritaire et de sa capacité à freiner le mouvement.
La question clé maintenant c'est quelles méthodes pour augmenter réellement le rapport de forces, car même une tentative de 17 octobre bis se serait confrontée à un niveau de répression supérieur. C'est pour ça que je suis convaincu qu'il faut construire une grève générale, qui permette de passer un cap, de bloquer l'économie, de libérer l'énergie de millions de travailleurs, et de ne pas retomber dans un rythme type Gilets jaunes qui laisse tout le temps au gouvernement de s'organiser entre les "actes".
Il va falloir continuer à être dans la rue le 31 octobre, mais si on arrive à braquer le 5 novembre et à en faire le début d'une grève générale, la situation bascule dans une situation supérieure à tout ce que peut produire une journée de révolte par semaine. Pour avancer dans cette direction j'invite tout le monde à regarder le dernier édito d'Anasse Kazib qui revient sur tout ça en détail !