J'ai reçu le témoignage privé d'un CRS directement mobilisé à Paris lors des émeutes du 17 octobre.
Son récit mérite toute notre attention.
D'abord, il conteste l'idée de forces de l'ordre dépassées. Selon lui, les effectifs et les moyens disponibles permettraient une réponse bien plus ferme. Le moral resterait bon sur le terrain, avec des policiers déterminés à intervenir et qui attendent surtout des consignes plus offensives.
Le problème serait ailleurs : dans les consignes opérationnelles.
Selon lui, la priorité serait de "ne pas faire de vagues". Certaines unités recevraient notamment l'instruction de limiter l'emploi des moyens lacrymogènes, quitte à attendre d'être attaquées pour réagir.
Plus révélateur encore, il décrit une stratégie essentiellement défensive : tenir quelques points stratégiques, abandonner d'autres secteurs et renoncer à reconquérir du terrain.
Il estime également que les effectifs sont sous-employés. Sa compagnie n'aurait effectué qu'une seule intervention d'ampleur durant son déplacement.
Un document de synthèse des CRS que j'ai pu consulter fait pourtant état, à l'échelle nationale, de 593 policiers blessés ou légèrement blessés, de 218 interpellations et de plus de 11 000 grenades à main ou au lanceur utilisées.
Ces chiffres témoignent de l'intensité des affrontements. Le récit de cet agent soulève une autre question : celle des choix stratégiques.
Car si les policiers disposent des moyens et de la volonté d'agir, qui décide de leur interdire de reprendre certains territoires ?
Et pourquoi ?