Les Chinois ne blaguent pas avec l'islam.
De nombreux rapports indépendants, basés sur des images satellites, des documents officiels chinois, des témoignages et des enquêtes de terrain, confirment que les autorités chinoises ferment, démolissent, modifient ou réaffectent des mosquées, en particulier dans le Xinjiang et, plus récemment, dans d’autres régions à forte population musulmane comme le Ningxia et le Gansu.
Au Xinjiang
Selon le rapport de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) de 2020, environ 65 % des mosquées de la région (environ 16 000 sur un total d’environ 24 000) ont été détruites ou endommagées depuis 2017. Parmi elles, environ 8 500 ont été complètement démolies. De nombreux sites restent des terrains vides. Ces conclusions reposent sur l’analyse d’images satellites et ont été corroborées par le New York Times, Reuters et d’autres médias.
Cela s’inscrit dans une politique plus large de contrôle de la pratique de l’islam et de « sinisation » visant la population ouïghoure et d’autres groupes musulmans.
Au Ningxia, au Gansu et ailleurs
Human Rights Watch (HRW) a documenté en 2023 une politique officielle de « consolidation des mosquées » (并寺) qui s’étend au-delà du Xinjiang. Au Ningxia (région autonome hui), des chercheurs estiment qu’environ un tiers des mosquées (environ 1 300 sur un total d’environ 4 000-4 200) ont été fermées ou converties depuis 2020. Des dômes et minarets sont systématiquement retirés, des halls de prière démolis, et certaines mosquées transformées en ateliers ou autres usages séculiers.
Une analyse du Financial Times de 2023 portant sur 2 312 mosquées avec une architecture islamique a montré que près des trois quarts avaient été modifiées ou détruites depuis 2018 (retrait des éléments arabo-islamiques au profit de styles « chinois »).
Le contexte politique
Ces mesures s’inscrivent dans la politique de « sinisation » des religions promue sous Xi Jinping. Des documents internes du Parti communiste (notamment de 2018) appellent à « démolir plus et construire moins » pour compresser le nombre de mosquées et aligner l’islam sur l’idéologie du Parti et la culture chinoise. Des restrictions s’appliquent aussi aux pratiques religieuses, à l’enseignement, etc.
La position chinoise
Pékin nie toute destruction systématique ou violation de la liberté religieuse. Les autorités affirment protéger et rénover les mosquées, garantir les besoins religieux des croyants, lutter contre l’extrémisme (surtout au Xinjiang) et moderniser les lieux de culte. Elles mettent en avant un nombre élevé de mosquées par habitant au Xinjiang (plus de 24 000 selon elles) et présentent parfois les consolidations comme un moyen de réduire la charge économique des communautés.
Les preuves par satellite et les documents officiels locaux sont toutefois difficiles à contester sur le fond. Des incidents de contestation locale (par exemple au Yunnan) ont également été rapportés lorsque des modifications touchaient des mosquées importantes.