J’ai vu plusieurs personnes être tentées par des comparaisons entre les événements en France depuis hier et la révolution du Maïdan en Ukraine, en 2013-2014.
J’étais sur place dans les deux cas, en 2013 et hier.
Cette comparaison n’a absolument pas lieu d’être et je la rejette catégoriquement.
L’EuroMaïdan avait commencé après que des policiers ont tabassé extrêmement violemment une centaine d’étudiants qui demandaient au président de l’époque, Ianoukovitch, de tenir sa promesse de signer l’accord d’association avec l’Union européenne, alors qu’il venait de la trahir.
Dans les jours qui ont suivi, des centaines de milliers de manifestants sont descendus sur la place Maïdan, à Kyiv, pour exiger des réponses de la part du gouvernement et dénoncer les violences subies par ces jeunes.
Cette contestation s’est transformée en une révolution trois mois plus tard, lorsque l’État a empêché toute forme d’expression publique de l’opposition à la politique du gouvernement, lorsque des policiers ont commencé à tuer des manifestants, à les matraquer jusqu’à leur dernier souffle, à les frapper avec une violence sans précédent.
108 manifestants ont été tués.
À quelques très, très rares exceptions près, en trois mois de manifestations QUOTIDIENNES, AUCUN commerce n’avait été vandalisé. Seule la boutique Bosco, associée à la Russie, avait été occupée sans que son pillage soit établi.
Alors même qu’il y avait des barricades sur l’entièreté de Khrechtchatyk (les Champs-Élysées de Kyiv, en quelque sorte), les commerces continuaient à fonctionner et à rester ouverts.
Non seulement les causes et les réactions de la part de l’État sont radicalement différentes, mais les conséquences pour les commerces, les biens publics et autres n’ont strictement RIEN À VOIR.
Les revendications des centaines de milliers de Français qui ont manifesté hier partout dans le pays, pacifiquement dans la quasi-totalité des cas, sont légitimes et entendables.
Il ne faut pas stigmatiser ces manifestants, ni les associer aux violences commises par la suite.
Le faire contribue uniquement à une colère sociale grandissante, et nous, médias, devons faire très attention à cela, afin de ne pas répéter les erreurs de 2018 lors des Gilets jaunes. C’est aussi cela qui a laissé le terrain à des médias « alternatifs », parfois prorusses, comme c’était le cas avec RT France.
Cependant, nous devons désormais nous interroger sérieusement sur les violences commises par des casseurs venus profiter du contexte social pour voler, piller, détruire.
Ces gens n’ont aucune revendication. Ils pourrissent le débat, ternissent l’image des vrais manifestants et sont des voyous qui doivent payer pour leurs actes.
Ce qui est désolant, à regarder les images d’aujourd’hui place de la République, c’est qu’il s’agit clairement, dans l’immense majorité des cas, de mineurs, d’enfants, d’adolescents, de jeunes. Des jeunes qui se sont dit, après avoir vu les images d’hier sur les réseaux sociaux, qu’il y avait peut-être moyen de piller encore ce qui restait.
J’ai mal pour nos commerçants qui ont tout perdu et qui ne savent plus comment gagner leur vie, mal pour nos agents publics.
Mal pour notre image, pour nos biens publics dégradés. Mal pour nos monuments historiques saccagés, anéantis, comme la mairie de Limoges.
Mal pour nos pompiers qui, parfois, ont été attaqués. Des pompiers, bon sang !
Rien ne justifie cela. Et aucune comparaison avec une population ayant lutté contre une VRAIE dictature n’est légitime.
Comparer l'autodéfense des Ukrainiens lors de Maïdan, face à une police et un gouvernement qui assassinait à balles réelles, et des voyous qui brulent et qui pillent pour le plaisir est indécent !
À La Barrique, Aline, la patronne, a été tabassée et défigurée. Son restaurant a été entièrement calciné. Elle a tout perdu.
Jusqu’où ira cette barbarie ? Soutien total à Aline, aux commerçants du 10e. Les responsables doivent être retrouvés et punis avec la plus grande sévérité!