Winter is coming for the international socialists.
Hier j'ai écrit sur Gramsci. Beaucoup m'ont demandé : concrÚtement, c'est qui ? Alors faisons la carte.
D'abord, ne vous laissez pas piéger par les étiquettes. Macron n'est pas socialiste au sens du PS. Bill Gates n'est pas marxiste. Soros est un financier. Aucun d'eux ne porte de drapeau rouge.
Mais ils partagent une conviction, et c'est elle qui dĂ©finit le socialisme international du XXIe siĂšcle. Les grandes dĂ©cisions sont trop importantes pour ĂȘtre laissĂ©es aux peuples. Il faut les confier Ă une Ă©lite Ă©clairĂ©e, transnationale, qui planifie pour tout le monde. Plus de centralisation, plus de normes, moins de vote. Le Gosplan, mais en costume Davos.
Voici les étages de la machine.
Premier Ă©tage : la technocratie politique. Emmanuel Macron en est le produit le plus pur. Inspection des Finances, banque d'affaires, invitĂ© Ă la confĂ©rence Bilderberg en 2014 alors qu'il Ă©tait Ă l'ĂlysĂ©e, prĂ©sident trois ans plus tard sans jamais avoir Ă©tĂ© Ă©lu Ă quoi que ce soit avant. Sa doctrine tient en une phrase : il existe un « cercle de la raison », et tout ce qui est en dehors est populiste.
DeuxiĂšme Ă©tage : Bruxelles. Une Commission qui produit l'essentiel de la norme qui s'applique Ă 450 millions d'EuropĂ©ens, et dont aucun membre n'est Ă©lu directement. En 2025, la Cour des comptes europĂ©enne a publiĂ© un rapport sur l'opacitĂ© des financements de l'UE aux ONG. La mĂȘme annĂ©e, la Commission a dĂ» reconnaĂźtre que certains contrats du programme LIFE avaient financĂ© des ONG pour faire du lobbying⊠auprĂšs de la Commission elle-mĂȘme. L'argent public paie des militants pour faire pression sur ceux qui distribuent l'argent public. La boucle est parfaite.
TroisiĂšme Ă©tage : les fondations. L'Open Society de Soros distribue de l'ordre d'un milliard et demi de dollars par an, dans plus d'une centaine de pays : ONG, mĂ©dias, programmes juridiques, universitĂ©s. La Fondation Gates est l'un des tout premiers financeurs de l'OMS. Un homme non Ă©lu pĂšse plus sur l'agenda sanitaire mondial que la plupart des Ătats membres.
QuatriĂšme Ă©tage : les clubs. Bilderberg depuis 1954, Ă huis clos. Davos, oĂč le WEF a vu son fondateur Klaus Schwab partir en 2025 dans un climat d'enquĂȘte interne. Ces lieux ne votent rien. Ils font quelque chose de plus puissant : ils fabriquent le consensus avant que le dĂ©bat public commence.
CinquiÚme étage : les relais. Les agences onusiennes, une partie de la presse subventionnée, une partie de l'université. Ce sont eux qui transforment le consensus des clubs en « ce que pense la science », « ce que pensent les experts », « ce que pense le monde civilisé ».
Le dernier étage, c'était le robinet. USAID. On sait ce qu'il en est advenu.
Pendant soixante ans, cette architecture a tenu grùce à un seul avantage : le monopole du récit. Ils contrÎlaient la distribution de l'information. Donc ils pouvaient se tromper sans jamais payer le prix de l'erreur.
Et ils se sont beaucoup trompés.
L'hypothĂšse d'une fuite de laboratoire Ă Wuhan Ă©tait un « complot ». Aujourd'hui le FBI, le DĂ©partement de l'Ănergie et la CIA la considĂšrent comme plausible ou probable.
L'ordinateur de Hunter Biden était de la « désinformation russe », selon une lettre de 51 anciens responsables du renseignement. Il était authentique.
Le nucléaire était dépassé. L'Allemagne a fermé ses derniÚres centrales en 2023 et redémarre ses centrales à charbon.
Un rĂ©cit qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ© de la contradiction n'est pas un rĂ©cit fort. C'est un rĂ©cit qui sait qu'il ne survivrait pas au contact du rĂ©el.
Et le réel est arrivé. X a cassé le monopole de la distribution. Les podcasts ont cassé le monopole de l'interview. L'IA va casser le monopole de l'expertise. Le DOGE a cassé le monopole du financement.
Quand tu ne contrĂŽles plus le micro, il ne te reste que tes arguments. Et leurs arguments ne tiennent plus.
L'AmĂ©rique latine bascule. Les Ătats-Unis ont basculĂ©. L'Europe est le dernier bastion, et c'est prĂ©cisĂ©ment pour ça qu'elle multiplie les lois sur la « dĂ©sinformation » et les rĂ©gulations des plateformes. On ne cherche pas Ă contrĂŽler la parole quand on gagne le dĂ©bat.
Je ne crois pas à un grand soir. Je crois à un dégel. Lent, puis brutal.
Gramsci disait que la crise, c'est quand l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naĂźtre. Le nouveau est en train de naĂźtre. Et cette fois, personne ne pourra le faire taire.
L'hiver arrive pour les socialistes internationaux.
Et le printemps, pour tous les autres.
Dans 50 ans, les livres d'histoire diront qu'Elon Musk a gagné une guerre que personne ne savait qu'on était en train de perdre.
Une guerre commencée il y a 100 ans, dans une cellule de prison italienne.
En 1926, Mussolini fait arrĂȘter un intellectuel sarde de 35 ans. Au procĂšs, le procureur aurait dit : « Nous devons empĂȘcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans. »
Il s'appelait Antonio Gramsci.
Son cerveau n'a jamais cessĂ© de fonctionner. En prison, il a rempli des milliers de pages qui sont devenues l'un des textes politiques les plus influents du XXe siĂšcle. Je pense qu'on est en train de vivre le moment oĂč sa thĂ©orie s'effondre.
Laissez-moi vous expliquer.
Gramsci se posait une question simple. Pourquoi la révolution communiste a-t-elle réussi en Russie mais échoué partout en Occident ?
Sa rĂ©ponse : en Occident, le pouvoir ne tient pas seulement par l'Ătat, la police et l'armĂ©e. Il tient par la culture. Par ce que les gens trouvent normal, Ă©vident, « de bon sens ». Il appelle ça l'hĂ©gĂ©monie culturelle.
Donc, pour prendre le pouvoir, il ne faut pas d'abord prendre le palais. Il faut d'abord prendre les esprits. Les Ă©coles. Les universitĂ©s. Les journaux. Le théùtre. L'Ă©dition. Les tribunaux. C'est la « guerre de position » : une conquĂȘte lente, institution par institution. Quand la culture a basculĂ©, la politique suit toute seule.
Quarante ans plus tard, l'activiste allemand Rudi Dutschke en fera un slogan : la longue marche Ă travers les institutions.
Pendant des décennies, on a vécu avec une énigme que personne n'arrivait vraiment à expliquer.
Pourquoi presque tous les artistes sont-ils de gauche ? Les acteurs, les chanteurs, les profs, les journalistes, une bonne partie de la magistrature. Pourquoi un pays pouvait voter Ă droite Ă©lection aprĂšs Ă©lection et voir quand mĂȘme sa culture parler d'une seule voix ?
On nous répondait : « c'est parce que les gens éduqués sont de gauche. »
Je crois que la réponse est plus simple. Gramsci avait écrit la recette, et elle a été appliquée. Quand tu contrÎles qui obtient la subvention, le poste, la bonne critique, le prix, l'invitation sur le plateau, tu contrÎles ce qui devient « la culture ».
La mĂȘme Ă©nigme existait Ă l'Ă©chelle du monde.
Pourquoi tant de pays en dĂ©veloppement, notamment en AmĂ©rique latine, revotaient-ils encore et encore pour des gouvernements socialistes ou de gauche radicale ? Venezuela, Bolivie, Nicaragua, l'Argentine des Kirchner, la Colombie de Petro. L'Ă©conomie s'effondrait, les cartels prospĂ©raient, le chaos s'installait. Et pourtant le mĂȘme vote revenait.
Ma conviction : la pauvreté n'était pas un accident du systÚme. C'était un électorat. Et autour, il y avait tout un écosystÚme d'ONG, de médias « indépendants » et de programmes de « société civile », financé en grande partie par l'argent occidental.
Puis, début 2025, il s'est passé quelque chose que personne n'avait jamais osé faire.
Elon et DOGE ont ouvert les livres de USAID. Une agence quasi intouchable depuis 1961, des dizaines de milliards de dollars par an. La grande majoritĂ© des programmes ont Ă©tĂ© coupĂ©s, et l'agence a Ă©tĂ© absorbĂ©e par le DĂ©partement d'Ătat.
Le robinet a été fermé.
Et regardez ce qui s'est passé depuis.
Bolivie : le MAS perd le pouvoir aprĂšs presque vingt ans. Ăquateur : Noboa réélu. Honduras : la droite reprend le pays. Chili : Kast Ă©lu. Argentine : Milei remporte largement les Ă©lections de mi-mandat.
Et il y a deux jours, le Brésil.
Jair Bolsonaro est inéligible, condamné à 27 ans de prison. La gauche pensait avoir refermé le chapitre. Lula, 80 ans, briguait un quatriÚme mandat face à un pays qu'on disait acquis.
Dimanche, son fils FlĂĄvio est arrivĂ© en tĂȘte du premier tour. Plus de 47 % contre prĂšs de 45 % pour Lula. Lula lui-mĂȘme a reconnu un rĂ©sultat « inattendu ».
Le plus grand pays d'Amérique latine est à un second tour de basculer.
Le plus grand virage à droite du continent depuis des décennies.
Coïncidence ? Je ne crois pas. Quand le financement disparaßt, le récit perd ses haut-parleurs.
Il reste un dernier vrai bastion. L'Europe.
Bruxelles finance ses propres rĂ©seaux d'ONG, avec une opacitĂ© que mĂȘme la Cour des comptes europĂ©enne a pointĂ©e. Les grandes fondations comme l'Open Society de Soros. Les entitĂ©s supranationales qui produisent de la norme sans jamais passer devant un Ă©lecteur.
C'est la derniÚre forteresse de l'hégémonie culturelle. Et elle commence à se fissurer.
Je suis convaincu que tout ça va s'effondrer, et plus vite qu'on ne le pense.
Gramsci avait raison sur un point essentiel : la culture précÚde la politique. Mais il avait oublié que ça marche dans les deux sens. Quand une culture artificielle perd ses perfusions, ce qu'il y a de vrai en dessous remonte à la surface.
Ce qui vient aprÚs, je crois que c'est une renaissance. Une culture qui recommence à aimer la beauté, l'ambition, la science, la civilisation qui l'a fait naßtre.
Et dans les livres d'histoire, on se souviendra que tout a commencé quand un homme a décidé de regarder les comptes.
Il fallait quelqu'un d'assez riche pour ne dépendre de personne, d'assez fou pour s'y attaquer et d'assez libre pour encaisser la haine qui allait suivre.
Merci Elon.