Même des Français qui ne pratiquent pas le catholicisme, qui ne se disent pas chrétiens et catholiques, qui ne croient pas en Dieu voire qui se tiennent à distance de toute religion, ressentent quelque chose à la présence du Pape. Ce n’est pas nécessairement de la foi. C’est souvent de la mémoire.
Le Pape rappelle une France plus ancienne que les controverses du moment : un pays aux racines chrétiennes, où chaque village avait et a son église, où les cloches marquaient les heures, les deuils, les fêtes et le rythme des saisons. Une France de ruralité, de baptêmes, de communions, de mariages, de processions et de silences dans la nef. Une France où l’on entrait et où l’on entre à l’église comme on entre dans l’histoire d’un lieu, même sans y croire pleinement.
Cette présence évoque aussi une culture et une architecture qui ont façonné le paysage mental autant que le paysage visible : les clochers dans la plaine, les vitraux, les calvaires au bord des chemins, les cathédrales dressées comme des signatures de pierre. On peut n’être plus ou pas croyant et pourtant reconnaître que ces formes, ces rites, ces mots, ces images ont longtemps dit ce qu’était la France, ou du moins une certaine idée d’elle.
Aimer cette présence, pour beaucoup, ce n’est pas revenir à une pratique purement religieuse C’est retrouver, un instant, le sentiment d’un pays qui avait une profondeur, une continuité, une langue commune du sacré, même imparfaite, même contestée.
Le Pape, alors, n’apparaît plus seulement comme le chef d’une Église. Il devient le signe d’un héritage que l’on n’habite plus forcément, mais que l’on n’a pas tout à fait oublié et que les Français ne souhaitent pas effacer. ✝️🇫🇷