Avec les communistes, câest toujours la mĂȘme histoire.
Camarade
@OuzouliasP , on connaĂźt la partition. Toujours la mĂȘme, 1941, les fusillĂ©s, Manouchian, le grand-pĂšre, le PanthĂ©on, et hop : brevet de RĂ©sistance dĂ©livrĂ©, leçon de morale distribuĂ©e,
hĂ©ritiers de PĂ©tain au coin. Câest pratique. Ăa commence pile au moment oĂč ça vous arrange.
Avant, silence, ou alors version retouchée.
Avant, câest aoĂ»t 1939 : poignĂ©e de main Molotov-Ribbentrop, Pologne dĂ©coupĂ©e, « guerre impĂ©rialiste ». Pas de Gaulle, pas les Anglais. Lâennemi, câest Daladier, Reynaud, « les ploutocrates ». On vote les crĂ©dits le 2 septembre, puis on vire Ă 90 degrĂ©s dĂšs que Moscou siffle. FidĂ©litĂ© admirable, Ă Staline, pas Ă la France.
Avant, câest la drĂŽle de guerre : dĂ©faitisme, sabotage de lâeffort de guerre, tracts, consigne de ne surtout pas mourir pour une guerre que le petit pĂšre des peuples vient de dĂ©clarer impĂ©rialiste. Charmant sens de lâintĂ©rĂȘt national.
Avant, câest juin 1940 : Paris occupĂ©, et vos cadres qui tapent Ă la porte de la Propaganda-Staffel pour faire reparaĂźtre LâHumanitĂ© lĂ©galement. On promet mĂȘme de dĂ©noncer lâimpĂ©rialisme britannique. LâHuma du 4 juillet trouve « rĂ©confortant » de voir lâouvrier parisien trinquer avec le soldat allemand. Bravo camarades. La fraternitĂ© des peuples, dĂ©jĂ .
Puis le 22 juin 1941, Hitler trahit Staline. Miracle doctrinal. La guerre impĂ©rialiste devient soudain patriotique. Les mĂȘmes qui expliquaient la veille quâil ne fallait pas choisir entre impĂ©rialismes dĂ©couvrent lâoccupant. Timing parfait. Comme par hasard.
AprĂšs, on ne raconte plus que ça. Les morts, les affiches, le colonel AndrĂ©, « que faisait lâextrĂȘme droite ? ». Question commode. Elle Ă©vite la seule qui fĂąche : que faisait le PCF tant que Moscou Ă©tait lâalliĂ© de Berlin ?
Vous nâeffacez pas 1941. Vous lâutilisez comme rideau. DerriĂšre, 1939-1941 disparaĂźt, LâHumanitĂ© de lâĂ©tĂ© 40 devient un dĂ©tail, le pacte une « tactique », et lâhistoire officielle commence le jour oĂč votre internationalisme a enfin coĂŻncidĂ© avec lâintĂ©rĂȘt français.
AprĂšs, on ne raconte plus que la fin du film. Les morts français, les affiches, les leçons de morale. Jamais le reste du bilan. Holodomor, Grande Terreur, Katyn, Goulag, dĂ©portations, famine organisĂ©e, Grand Bond en avant, Khmers rouges, camps. Le Livre noir arrive Ă prĂšs de 100 millions. On peut chipoter sur le compteur. On ne chipote pas sur lâordre de grandeur. Câest beaucoup pour une idĂ©ologie qui, selon vous, nâaurait produit que des colonels AndrĂ© et des plaques commĂ©moratives.
Raconter toute lâhistoire, camarade, ce nâest pas recoller Manouchian sur chaque contradiction.
Câest admettre que votre roman national commence aprĂšs Barbarossa, et que tout ce qui prĂ©cĂšde a Ă©tĂ© soigneusement recadrĂ©.
AprĂšs 1941, mĂȘme refrain, avant 1941, mĂȘme rature.đ€Ą