Le journal Le Monde consacre un dossier aux dix ans du 13 novembre, avec notamment une enquĂȘte sur Molenbeek, la commune dâoĂč Ă©taient originaires plusieurs terroristes, dont Salah Abdeslam.
Cette enquĂȘte condense tout le logiciel idĂ©ologique de lâextrĂȘme-gauche. Le premier paragraphe donne le ton. Pour prĂ©senter Molenbeek, on ne parle pas dâun incubateur du salafisme ni dâun vivier de combattants de lâĂtat islamique. On parle plutĂŽt dâune commune trop frĂ©quemment cible⊠des critiques dâĂric Zemmour. Ă Molenbeek, nous dit le journaliste, on voudrait « faire oublier le passĂ© ». Sauf que le passĂ© dont il parle, ce nâest pas le 13 novembre, mais plutĂŽt « les amalgames et la stigmatisation ».
Le journaliste tente ensuite dâĂ©clairer les causes de la radicalisation. Si les jeunes de Molenbeek adhĂšrent Ă lâislam radical, nous explique un Ă©ducateur citĂ©, câest « par dĂ©fi et par dĂ©pit ». Comprendre : par dĂ©fi ou par dĂ©pit envers une sociĂ©tĂ© injuste Ă leur Ă©gard. Lâinversion accusatoire commence : le terrorisme islamiste, ce serait avant tout de notre faute. Au cas oĂč cela nâaurait pas Ă©tĂ© assez explicite, la parole est donnĂ©e Ă un universitaire : « La situation sociale se dĂ©grade, des jeunes se sentent discriminĂ©s et cherchent lâoccasion dâĂȘtre quelquâun. Le terrorisme sert Ă cela. » Et voilĂ : si des terroristes ont massacrĂ© des innocents, câest parce quâils subissaient des discriminations.
Dans un style geignard, lâarticle prĂ©sente ensuite les motifs de griefs des habitants de Molenbeek, notamment un taux de chĂŽmage de 30 Ă 40%. Selon le journaliste, cela sâexpliquerait par un « manque dâemplois », comme sâil y avait un stock dâemplois que la sociĂ©tĂ© Belge avait le devoir dâoffrir aux habitants de Molenbeek. En rĂ©alitĂ©, le nombre dâemplois dans une zone dĂ©pend surtout du dynamisme des habitants de la zone. Il est clair que si ces habitants ont tendance Ă ĂȘtre des salafistes, les employeurs ne se prĂ©cipiteront pas dans la commune pour y crĂ©er des emplois.
Le journaliste dénonce une politique de logements sociaux insuffisamment généreuse selon lui, et le raccourcissement de la durée des allocations chÎmage à deux ans (horreur). Comprenez : si les Belges veulent éviter le terrorisme, ils doivent financer des allocations plus généreuses aux chÎmeurs de Molenbeek.
En rĂ©alitĂ©, au lieu de considĂ©rer le marasme Ă©conomique comme cause de la radicalisation islamiste, on ferait mieux dâenvisager la possibilitĂ© que lâislamisme soit la cause de la ruine Ă©conomique. Si Molenbeek â et en France, la Seine-Saint-Denis, Trappes, Roubaix, les banlieues Nord de Marseille, etc. â sont devenus des territoires sinistrĂ©s, la responsabilitĂ© incombe peut-ĂȘtre Ă ceux qui y habitent, et non Ă la Belgique ou Ă la France. Malheureusement la grille de lecture victimaire que propose Le Monde permet une inversion accusatoire systĂ©matique. Plus une communautĂ© verse dans la dĂ©linquance, le chĂŽmage ou lâislamisme, plus ce serait la preuve quâelle est victime dâune sociĂ©tĂ© coupable.
La conclusion de lâarticle est confiĂ©e Ă un procureur belge. Une phrase dâautoritĂ©, enfin ? RatĂ©. « Il faut veiller Ă lâĂ©ducation, au soutien, Ă aider les gens Ă sortir de leur ghetto. Et parler de la vie de jeunes en difficultĂ©, les encourager, les remercier quand ils le mĂ©ritent. » Bref, pour combattre le terrorisme, soyons plus gentils avec les islamistes, taxons ceux qui travaillent pour construire davantage de logements sociaux, et surtout, accusons plus souvent les occidentaux de racisme.
"Sommes-nous responsables du terrorisme ?"
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