Les images qui nous sont parvenues de la fête de l’Humanité disent quelque chose, non pas des fractures qui traversent la gauche, car ça ce n’est pas un scoop : ces fractures sont graves, profondes ; les désaccords sont mutuels, et de nature à empêcher toute union électorale pour peu qu’on ait un peu d’esprit de conséquence. Ce qui me marque, ce ne sont pas les désaccords, donc, mais cette ambiance d’excommunication goguenarde qui fait désormais l’ethos de beaucoup de militants de la France insoumise et de ses représentants politiques. Sur le fond, c’est un refus de reconnaître l’adversaire comme interlocuteur légitime ; sur la forme, c’est un manque de civilité républicaine de base.
Cela est rendu possible par la façon dont cette gauche-là fonctionne. C’est-à-dire : d’abord, s’arroger le monopole de la définition de ce qui est de gauche ou non, puis dire que les autres, tous les autres, c’est « les fachos ». Ca tourne en rond comme une démonstration à vide mais c’est désormais le logiciel de beaucoup de militants insoumis. Et puisqu’il y a ce « nous, la gauche », et ce « eux, les fachos », eh bien, tout est permis. jusque parfois l’incitation à la brutalité, ou les raids numériques en meute.
Politiquement, cette stratégie galvanise, notamment, une grande part de la jeunesse diplômée des métropoles, auprès de laquelle la France insoumise fait un carton. Mais cette sociologie, qui se voit si belle en son miroir, ne s’aperçoit pas qu’elle renvoie une image sectaire et méprisante partout en dehors de sa bulle, surtout dans la France populaire des campagnes et des villes moyennes . Ces porte-étendards se croient les hérauts du supplément d’âme ; ils agissent surtout comme des repoussoirs, qui participent à mobiliser contre la France Insoumise. Rappelons d’ailleurs à cet égard que Jean-Luc Mélenchon est, dans les toutes les enquêtes récentes, celui que Marine Le Pen battrait le plus nettement au second tour de la présidentielle.