Le mouvement lycéen, cette floraison soudaine de banderoles et de cortèges adolescents, n’a bien sûr rien d’une génération spontanée. On ne voit pas plus surgir ces choses-là par enchantement qu’on ne voit les orages se former sans cumulonimbus préalables. Il y a toujours, quelque part, une officine, un mot d’ordre, une main qui tient le mégaphone pendant que l’autre compte les retombées. LFI fournit le personnel, les slogans et l’indignation calibrée ; la Macronie, de son côté, fournit le décor, l’écho médiatique et, surtout, le bénéfice politique du spectacle. Les deux se haïssent avec une sincérité de théâtre et se rendent des services que la bienséance interdit de nommer.
Car la seule question qui vaille, dans ce carnaval de la colère juvénile, reste la vieille question cynique : à qui le chaos ? Certainement pas à ceux qui rêvent d’un second tour RN–LFI, ce face-à-face dont le centre a fait son cauchemar officiel et son fonds de commerce réel. Plus la rue s’échauffe, plus les extrêmes se regardent en chiens de faïence, plus le bloc raisonnable peut revenir sur le devant de la scène, chapeau bas, mine grave, en sauveur de la dernière chance. On crée la peur, on nourrit la polarisation, puis on se propose comme le remède à la maladie qu’on a soi-même entretenue. C’est de l’ingénierie sociale à l’ancienne, mais repeinte aux couleurs de la vigilance démocratique.
Et le peuple, une fois de plus, mordra. Il a l’habitude. Il aime qu’on lui désigne le précipice pour mieux se jeter dans les bras de ceux qui prétendent l’en éloigner.
Chipie de C