🇳🇴🧊 ÉLECTROCARDIOGRAMME PLAT PENDANT 2 H 35. LE MÉDECIN A REFUSÉ DE LA DÉCLARER MORTE.
Trois internes de l'hôpital de Narvik, dans le nord de la Norvège, descendent un couloir enneigé après leur garde.
L'une d'elles perd le contrôle.
Elle part la tête la première et traverse la glace d'un ruisseau gelé, en contrebas d'une cascade. Elle finit sur le dos, la tête et le torse dans l'eau, sous vingt centimètres de glace.
Ses deux collègues l'attrapent par les skis. Ils tiennent.
Le souci ?
Ils n'arrivent pas à la sortir. La glace ne cède pas.
Sauf que.
Il y a une poche d'air coincée sous la surface. Elle respire dedans.
Quarante minutes.
Puis elle s'arrête.
Un ouvrier finit par arriver avec une pelle de jardin pointue. La glace cède.
Elle est sous l'eau depuis 80 minutes.
Pas de pouls. Pas de respiration. Pupilles dilatées.
Température corporelle : 13,7 °C.
Une heure d'hélicoptère jusqu'au CHU de Tromsø. À l'arrivée, l'ECG est une ligne droite. Le chef du service d'urgence dira : on aurait pu la tracer à la règle.
Il applique alors la règle des médecins du Grand Nord.
« Nous ne la déclarerons pas morte tant qu'elle ne sera pas chaude et morte. »
Plus de cent soignants se relaient neuf heures. Le sang est extrait du corps, réchauffé par une machine de circulation extracorporelle, réinjecté. Degré par degré.
Le cœur repart.
Arrêt circulatoire total : 2 heures et 35 minutes.
Elle se réveille dix jours plus tard, paralysée du cou aux pieds. Deux mois de réanimation. Des mois de rééducation.
Aujourd'hui :
• Elle marche
• Il lui reste de légères séquelles nerveuses aux mains et aux pieds
• Elle est médecin au CHU de Tromsø, l'hôpital qui l'a ranimée
Anna Bågenholm, 29 ans à l'époque, chirurgienne en formation. Elle détient la plus basse température corporelle jamais survécue en hypothermie accidentelle.
Son cas a réécrit les protocoles d'urgence dans le monde entier.
Personne n'est mort tant qu'il n'est pas chaud et mort.
(Anna Bågenholm, montagnes de Narvik, Norvège, 20 mai 1999 ; réanimation dirigée par le Pr Mads Gilbert, CHU de Tromsø ; cas publié dans The Lancet, 2000)