Je ne lâcherai rien !
Neuf ans que je me bats. Neuf années de procédures, de menaces, de harcèlement, de remise en cause de ma parole. Neuf années à devoir me battre pour faire entendre ce que j’ai vécu et pour demander justice.
En 2017, j’ai été la première femme en France à porter plainte contre Tariq Ramadan. À partir de ce moment-là, j’ai tout pris en pleine face. J’ai été insultée, menacée, humiliée, traitée de menteuse. On a fouillé ma vie, mon passé, on a essayé de me salir et de me faire taire. On a même essayé de me faire passer pour une prostituée.
Je sais à quel point Tariq Ramadan sait manier les mots, convaincre, séduire et retourner les situations pour se présenter lui-même en victime d’un complot. Mais moi, je sais ce que j’ai vécu. J’ai subi un viol, au procès, je n’ai pas vu un complot. J’ai vu des femmes violées et traumatisées. J’ai vu leurs visages.
Je les ai entendues raconter ce qu’elles avaient vécu. J’ai vu leurs larmes, leur douleur, les dégâts dans leurs vies. J’ai vu des femmes profondément marquées, des femmes brisées et détruites. Et moi aussi, j’étais là, avec mon histoire, mes blessures et mes traumatismes. J’ai tout raconté. Moi aussi, j’ai pleuré. Après toutes ces années de combat, notre parole était enfin entendue.
Tariq Ramadan a été condamné en France, mais aussi en Suisse, pour plusieurs viols et pourtant, aujourd’hui, il est toujours libre.
Et comme si cela ne suffisait pas, Tariq Ramadan donne désormais des cours dans son centre de formation sur… la JUSTICE !
Son centre de formation CHIFA poursuit ses activités. Une collecte a même été organisée pour récolter 500 000 euros pour l’acquisition d’un local, autour de lui, le même système continue de fonctionner avec ses proches et ses soutiens. Il travaille notamment avec sa maîtresse Fanny Bauer Motti qui pilote avec lui son centre de formation.
Cette situation me révolte. Malgré les condamnations, malgré les victimes, malgré un procès éprouvant de plus d’un mois, malgré le mandat d’arrêt délivré en France, il méprise la justice et son business continue grâce à ceux qui le soutiennent.
Des personnes payent pour ses formations et écoutent celui qui continue de se présenter comme la victime d’un complot. Il faut un culot incroyable pour donner aujourd’hui des leçons de justice alors qu’on a été condamné pour viols dans plusieurs pays et qu’on ne s’est même pas présenté devant la cour qui devait vous juger, c’est un immense mépris pour les victimes et pour la justice qui l’a condamné. Je ressens du dégoût, de la colère et une immense déception.
Honte à ceux qui soutiennent ce grand manipulateur qui crie au complot depuis le début pour sauver sa peau et préserver sa réputation, après avoir sali chaque victime et avoir essayé de me faire passer, moi aussi, pour une prostituée. Mais il n’y a jamais eu de complot. Je n’ai jamais menti. Les autres femmes n’ont pas menti. Nous avons apporté nos éléments de preuves à la justice et la justice l’a condamné à une très lourde peine de prison.
Je n’oublierai jamais ce procès éprouvant qui a duré plus d’un mois.
J’étais dans cette salle d’audience. J’ai entendu ces femmes. Je les ai regardées dans les yeux. J’ai pleuré en écoutant les témoignages bouleversants de plusieurs femmes brisées et traumatisées qui n’avaient pas eu la force de déposer plainte par peur des menaces et des représailles.
Moi-même, j’ai subi pendant des années le harcèlement et les menaces. J’étais la première à avoir parlé, la première exposée. J’ai tout pris en pleine face. J’ai eu le sentiment d’être un bouclier pour d’autres femmes qui ont préféré garder l’anonymat par peur.
Voir aujourd’hui Tariq Ramadan, lourdement condamné pour viol, continuer son business, travailler entouré de ses proches et de ses soutiens et, comble du cynisme, donner des cours sur la justice, c’est une énorme gifle en plein visage de chaque victime.
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