Quiconque a déjà un peu manié l’outil Pangram sait qu’il est relativement fiable : quand il suspecte qu’un texte a été écrit par une IA il se plante rarement.
Maintenant deux conclusions possibles (qui ne sont pas exclusives l’une de l’autre) :
- les critiques et les jurés littéraires ont encensé ce livre dans un parfait unanimisme sans tenir réellement compte de ses véritables qualités littéraires, mais davantage par conformisme moral ;
- l’IA a déjà fait suffisamment de progrès pour être capables de générer des textes authentiquement capables de nous émouvoir.
Que l’une, l’autre ou les deux conclusions se vérifient n’a en tout cas rien de rassurant pour l’avenir de la littérature.
Avez-vous entendu parler de ce roman ? C’est le « phénomène de la rentrée littéraire ». Il est lauréat du Prix Fnac, du Prix Méduse, du Prix Première Plume, fortement pressenti pour le Prix Renaudot, et il est en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Ah oui, il est aussi en cours de traduction dans 20 langues.
Eh bien selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une Intelligence Artificielle. Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA (cf les deux premiers chapitre dans le tweet ci-dessous).
Rappelons que Pangram est de loin le détecteur d’IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041%, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, Pangram en classe uniquement 14 (0,0014%) comme étant partiellement écrits par l’IA.
La probabilité que vingt passages d’un même livre (et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman) soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule.
N’aurait-il pas été plus honnête que l’auteur crédite son co-auteur ?