Ils pensent pouvoir refaire ce quâils ont pris lâhabitude de faire. Cette fois, ils nây parviendront pas. Le changement que nous voulons voir dans ce pays passe aussi par le refus de reproduire le cycle qui nous a conduits Ă la situation que nous cherchons aujourdâhui Ă changer.
En effet. Et câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que se trouve le fond du problĂšme : toute cette agitation vise Ă rĂ©introduire Joseph Kabila dans le jeu politique, comme si celui-ci en avait Ă©tĂ© injustement exclu. Or, Joseph Kabila Ă©tait bel et bien dans le jeu. Il y occupait mĂȘme une place considĂ©rable, Ă travers ses institutions, sa majoritĂ© parlementaire, ses rĂ©seaux politiques et les leviers de pouvoir hĂ©ritĂ©s de ses dix-huit annĂ©es Ă la tĂȘte de lâĂtat.
Rappelons les faits. En 2019, qui rĂ©clamait alors que Tshisekedi sâaffranchisse de lâemprise du FCC ? Une grande partie des mĂȘmes acteurs politiques qui prĂ©sentent aujourdâhui le retour de Kabila au centre des institutions comme une nĂ©cessitĂ© nationale. Depuis quand la participation Ă la vie politique congolaise signifie-t-elle le droit permanent dâoccuper une place dans les institutions ?
Car le problĂšme dĂ©passe largement Joseph Kabila. Depuis des dĂ©cennies, ce pays est enfermĂ©e dans une mĂ©canique politique oĂč la crise devient un instrument de nĂ©gociation et oĂč le dĂ©sordre finit par produire des dividendes institutionnels. On conteste les institutions, on exige un dialogue, on nĂ©gocie des arrangements, puis on redistribue les responsabilitĂ©s au nom de la paix. Et quelques annĂ©es plus tard, le mĂȘme cycle recommence, avec les mĂȘmes acteurs, les mĂȘmes revendications et les mĂȘmes consĂ©quences pour la population.
Ă force de transformer chaque crise en occasion de redistribution du pouvoir, nous avons installĂ© une logique dans laquelle lâaccĂšs aux institutions cesse dâĂȘtre exclusivement la consĂ©quence du suffrage et devient aussi le produit du rapport de force. Câest cette mĂ©canique quâil faut interroger. Car une RĂ©publique ne peut indĂ©finiment fonctionner comme une table de nĂ©gociation permanente entre ceux qui gouvernent, ceux qui ont gouvernĂ© et ceux qui entendent gouverner par la pression.
Et pendant que les acteurs politiques nĂ©gocient leur place, le pays paie le prix de cette instabilitĂ© : des rĂ©formes interrompues, des institutions fragilisĂ©es, des ressources dĂ©tournĂ©es des prioritĂ©s nationales et des gĂ©nĂ©rations entiĂšres condamnĂ©es Ă attendre que les mĂȘmes protagonistes terminent de rĂ©gler leurs diffĂ©rends.
La paix ne doit pas devenir le prĂ©texte dâune restauration politique permanente. Le dialogue ne doit pas ĂȘtre confondu avec une obligation de rĂ©intĂ©grer au pouvoir tous ceux qui en ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s. Et la rĂ©conciliation nationale ne signifie pas que la RĂ©publique doive garantir Ă ses anciens dirigeants une place institutionnelle Ă vie.
Il faut rompre! Rompre avec cette confusion fondamentale entre lâintĂ©rĂȘt supĂ©rieur de la Nation et les intĂ©rĂȘts politiques de ceux qui ont exercĂ© le pouvoir. Le Congo nâest pas une propriĂ©tĂ© collective de ses anciens dirigeants ou des hommes politiques. Ses institutions ne sont pas un patrimoine Ă partager indĂ©finiment entre quelques familles politiques.
Cela fait des dĂ©cennies que cette mĂ©canique se reproduit. Et Ă chaque fois, câest le peuple congolais qui en supporte le coĂ»t. Trop, câest trop !