Il y a quelques annĂ©es, j'ai vu une vidĂ©o oĂč Elon Musk expliquait que la majoritĂ© des PhD ne servaient Ă rien. Sur le moment, j'ai trouvĂ© ça excessif.
Puis j'ai commencé à bosser dans l'IA. Et aujourd'hui, je lis des papiers de recherche toutes les semaines. Et bien souvent, je referme le PDF en me disant : mais putain, à quoi ça sert ? Des mois de travail, souvent payés par l'argent public, pour produire des trucs qui ne créent absolument aucune valeur. Aucun produit. Aucune avancée. Aucune idée nouvelle. De la branlette intellectuelle.
Et j'ai fini par comprendre. Quand un systĂšme est gangrenĂ© par l'idĂ©ologie, il cesse de rĂ©compenser ce qui marche. Il rĂ©compense ce qui se conforme. On ne cherche plus la vĂ©ritĂ©, on cherche la publication. On ne cherche plus Ă construire, on cherche Ă ĂȘtre citĂ© par ses pairs. Le rĂ©el n'est plus le juge. Le comitĂ© l'est.
C'est pour ça que ce que fait Alex Karp chez Palantir est génial. Il ne se plaint pas de l'université. Il la contourne. Il prend des jeunes de 18 ans, les met sur de vrais problÚmes, avec de vrais enjeux, et les juge sur une seule chose : est-ce que ça marche ? C'est la plus vieille pédagogie du monde. Et c'est la plus efficace.
Mais Palantir ne peut pas tout faire. C'est l'intégralité du modÚle éducatif qu'il faut reset. De la maternelle jusqu'au doctorat.
Regardez ce qu'a fait Elon Musk avec Ad Astra, l'école qu'il a créée pour ses enfants. Pas de classes par ùge. Pas de notes. Pas de cours magistraux sur des outils dont on ne comprend pas l'utilité. On part d'un problÚme. Si on veut comprendre un moteur, on ne commence pas par un cours sur les tournevis. On donne un moteur aux enfants, et on leur demande de le démonter. Les outils viennent naturellement, parce qu'on en a besoin.
Et surtout, Musk a une image que je trouve magnifique : il faut apprendre en arbre. D'abord le tronc, les principes fondamentaux. Puis les grosses branches. Et seulement ensuite les feuilles, les détails. Sinon les détails n'ont rien à quoi s'accrocher, et ils tombent. Notre école fait exactement l'inverse. Elle déverse des milliers de feuilles sur des enfants qui n'ont jamais vu le tronc. Puis elle s'étonne qu'ils oublient tout.
Et maintenant, l'IA change absolument tout.
En 1984, le chercheur Benjamin Bloom fait une découverte qui aurait dû révolutionner l'éducation. Un élÚve qui bénéficie d'un tuteur particulier progresse de deux écarts-types par rapport à un élÚve en classe classique. ConcrÚtement, un élÚve moyen devient meilleur que 98 % de ses camarades. Le problÚme : on ne pouvait pas offrir un précepteur à chaque enfant. Trop cher. Réservé aux princes.
Aristote était le précepteur d'Alexandre le Grand. Pendant 2 500 ans, ce privilÚge a été réservé aux fils de rois.
Aujourd'hui, chaque enfant de la planĂšte peut avoir son Aristote dans sa poche. Un tuteur infiniment patient, disponible Ă toute heure, qui s'adapte Ă son rythme, qui connaĂźt toutes les disciplines, et qui peut lui faire remonter l'arbre du savoir du tronc jusqu'aux feuilles.
C'est la plus grande révolution éducative depuis l'imprimerie. Et la gauche va mourir dessus. Parce que tout son pouvoir reposait sur le monopole de la transmission. Quand chaque enfant peut apprendre directement, sans passer par l'idéologie de l'institution, le monopole s'effondre.
Alors voici ce que je pense qu'il faudrait faire. Que des milliardaires reprennent des universités privées. Il y en a des dizaines en difficulté chaque année. Qu'ils virent toute la bureaucratie administrative qui a proliféré pendant trente ans. Et qu'ils en fassent des écoles de droite, fondées sur le mérite, la compétence et la recherche de la vérité. Pas des écoles qui remplacent une idéologie par une autre. Des écoles qui apprennent à penser, pas quoi penser.
Le modÚle existe déjà . Il a 2 500 ans.
Ă AthĂšnes, on ne formait pas des spĂ©cialistes. On formait des hommes complets. Au LycĂ©e d'Aristote, on Ă©tudiait la biologie le matin, la politique l'aprĂšs-midi, la logique le soir. On marchait en dĂ©battant. On cherchait la vĂ©ritĂ© ensemble, sans peur, sans tabou. Les Grecs avaient un mot pour ça : la paideia. La formation de l'ĂȘtre tout entier.
C'est de là que sont sortis ceux qui ont inventé la philosophie, la démocratie, la géométrie, le théùtre, la médecine. En quelques générations, une petite cité a posé les fondations de toute la civilisation occidentale.
VoilĂ ce qu'on doit reconstruire. Des Ă©coles de polymathes. Des esprits libres capables de coder et de lire Platon, de comprendre une Ă©quation et de dĂ©fendre une idĂ©e, de douter de tout y compris d'eux-mĂȘmes. Des penseurs qui travailleront avec l'IA comme copilote et qui inventeront des choses que nous ne pouvons mĂȘme pas imaginer aujourd'hui.
AthÚnes avait des esclaves pour libérer du temps aux penseurs. Nous aurons des machines. Pour la premiÚre fois de l'histoire, une civilisation entiÚre peut devenir AthÚnes.
Ce n'est pas la fin de l'école. C'est sa renaissance.
Je ne sais pas si vous mesurez ce qui est en train de se passer.
Alex Karp, le patron de Palantir, ne va plus chercher ses talents Ă Harvard. Il les forme lui-mĂȘme. Des jeunes de 18 ans, sans diplĂŽme, choisis sur leur seul talent, qui codent sur de vrais projets et lisent de la philosophie politique entre deux sprints. Il appelle ça « le diplĂŽme Palantir ». Et aujourd'hui le New York Post titre que les boĂźtes tech lancent leurs propres programmes parce qu'elles ne peuvent plus compter sur l'Ivy League.
Ce n'est pas une anecdote RH. C'est un basculement de civilisation.
Pendant des décennies, les entrepreneurs ont confié à l'université la mission la plus sacrée qui soit : former les esprits. Ils comprennent aujourd'hui que cette mission a été trahie. Les institutions censées produire des penseurs libres produisent des conformistes. Le mérite a été remplacé par des critÚres opaques. L'enseignement est devenu catéchisme. Paul Graham l'avait vu avant tout le monde.
Alors ils font ce que font les bùtisseurs quand un systÚme les trahit. Ils ne le réforment pas. Ils en construisent un autre, à cÎté.
Elon n'a pas attendu que la NASA se rĂ©veille, il a fait SpaceX. Il n'a pas rĂ©formĂ© les mĂ©dias, il a rachetĂ© la place publique. Les entrepreneurs ne cherchent plus Ă convaincre l'Ătat. Ils font l'Ătat, partout oĂč l'Ătat a abdiquĂ©.
Relisez La GrĂšve d'Ayn Rand. Nous y sommes. Les bureaucrates gardent les titres, les budgets, les bĂątiments. Mais ils perdent la seule chose qui compte : la confiance. Aux Ătats-Unis, Ă peine 28 % des gens font encore confiance aux mĂ©dias. Un plus bas historique. Plus personne ne croit ceux qui prĂ©tendent nous dire quoi penser.
On entend partout que l'école est finie. Je pense exactement l'inverse.
Ce n'est pas l'école qui est morte. Ce sont les institutions qui l'ont confisquée. L'école, la vraie, celle de l'Académie d'AthÚnes, des ateliers de la Renaissance, du maßtre et de l'apprenti, va renaßtre. Plus exigeante. Plus juste. Sans dette, sans dogme, sans diplÎme comme rente à vie.
Une école qui ne fabriquera plus des diplÎmés, mais des polymathes. Des esprits libres, capables de coder, de penser, de construire et de douter. Ce sont eux qui créeront la valeur des cinquante prochaines années.
J'ai appris Ă coder seul Ă 12 ans. Aucun amphi ne m'a appris ce que j'ai appris en construisant. Je sais ce que devient un talent quand on le laisse respirer.
L'université a eu des siÚcles pour former les meilleurs esprits. Les entrepreneurs vont le faire en une décennie.
La grande reconstruction a commencé.