LA DOCTRINE MONROE EXPLIQUÉE : POURQUOI ON NE JOUE PAS AUX APPRENTIS SORCIERS AVEC WASHINGTON
Par Pat Laliberté - Mark Carney pense avoir eu l’idée du siècle en allant narguer les États-Unis à Bruxelles.
Flatté par les sourires crispés d'Ursula von der Leyen et sa légendaire froideur allemande en plus des applaudissements des technocrates européens, il s’imagine déjà en grand artisan d'un Canada « membre associé » de l'Union européenne.
Mais pendant qu’il rêve en grand dans les salons dorés à l'autre bout de l'Atlantique, il oublie la règle numéro un de la géopolitique nord-américaine : la doctrine Monroe.
Pour comprendre dans quel mur Carney est en train de nous envoyer, il faut repasser par la base, l'histoire.
C’est quoi, la doctrine Monroe ?
En 1823, le président américain James Monroe a fondé un principe d'une simplicité enfantine : « L’Amérique aux Américains ».
L’idée était claire, le Vieux Continent (l’Europe) garde ses affaires chez lui, et personne ne vient fourrer son nez dans le Nouveau Monde.
Roosevelt est allé un cran plus loin en disant : « Puisque les Européens n'ont pas le droit d'intervenir chez nos voisins, c'est nous, les États-Unis, qui allons y faire la police. »
Washington a transformé ce principe de défense en droit de propriété.
Le message envoyé au reste du globe est devenu : tout ce qui se passe dans l'hémisphère ouest relève de notre chasse gardée.
Pourquoi elle s'applique directement au Canada ?
Carney semble l'avoir oublié, mais pour la Maison-Blanche, le Canada est et restera son arrière-cour nord-américaine.
Toute tentative d'une puissance continentale extérieure, qu'elle soit européenne comme l'UE ou asiatique comme la Chine, d'influencer directement l'économie, les normes ou la sécurité du Canada est perçue à Washington comme une menace directe envers la sphère d'influence américaine.
L'idée de flirter avec Bruxelles pour faire du Canada un « membre associé » de l'UE réveille exactement les réflexes de cette doctrine centenaire.
Un choc frontal avec Washington
Si le Canada tente de sortir de l'orbite américaine pour s'aligner sur l'Europe, les États-Unis n'hésiteront pas une seconde. Ils utiliseront tout leur poids économique (tarifs douaniers, révision de l'ACEUM) et politique pour bloquer cette alliance.
La réalité de la carte
Nous partageons 8 891 km de frontière avec le géant américain.
Notre défense repose sur le NORAD et l'OTAN. Ottawa ne peut tout simplement pas faire semblant d'être un pays neutre sans subir les représailles directes du voisin du Sud.
Pour Washington, l'équation est d'une simplicité désarmante, le Canada est un voisin nord-américain. Laisser l'Union européenne y installer un pied-à-terre politique ou stratégique viole directement l'esprit de la doctrine Monroe.
Les vraies conséquences d'un mirage diplomatique
Le plus ridicule dans cette histoire ?
Cette entente avec l'Europe est un château de cartes.
Juridiquement, le statut de « membre associé » n'existe même pas dans les traités européens. Il faudrait l'unanimité des 27 pays membres et au moins une décennie de négociations interminables pour que ça voie le jour. C'est du vent, une formule creuse lancée sur une tribune étrangère.
Mais, attention : même si cet accord est vague et loin d'être une réalité, les conséquences pour le Canada, elles, sont déjà bien réelles.
En jouant au plus fin à Bruxelles pour aller chercher des tapes dans le dos, Carney réussit un tour de force.
Agacer les Américains pour absolument rien en retour.
On se met à dos notre plus grand partenaire commercial, on fragilise nos marchés et on crée des tensions inutiles avec Washington, tout ça pour une promesse en l'air qui n'aboutira probablement jamais.
Il est temps que Mark Carney descende de son nuage, range son passeport anglais et se rappelle une chose fondamentale.
Notre souveraineté et notre prospérité ne se négocient pas à Bruxelles pour flatter son égo et sa prochaine carrière, elles se défendent ici, en tenant compte de la réalité du continent où l'on vit.