Beatrice Sine: ce n’est pas en attaquant ceux qui défendent une communauté en souffrance que vous gagnerez en légitimité, en gloire ou en reconnaissance.
Je n’ai pas suffisamment de temps à consacrer à une discussion sur les niveaux d’études, mais comme vous voulez cette comparaison, je dois quand même vous rappeler que vous venez à peine d’achever une licence dans un programme de remise à niveau destiné aux adultes d’un certain âge. Et ce choix de retourner aux études semble s’inscrire dans ce que la psychologie désigne comme le phénomène de l’imposteur : une disposition à mettre en doute ses propres compétences, à nier ses réalisations et à considérer que celles-ci ne seraient pas véritablement à la hauteur de la reconnaissance sociale.
Il est donc pour le moins surprenant de voir ma crédibilité scientifique mise en cause dans un débat où la rigueur intellectuelle devrait primer sur les attaques personnelles. Si nous souhaitons avoir une discussion sérieuse, je vous invite à confronter les arguments, les sources et les analyses plutôt que les parcours personnels.
Lorsque votre interlocuteur élève le niveau et les standards de la discussion, choisir délibérément de rester dans un registre inférieur, tout en cherchant à l’y ramener, ne constitue ni un argument ni une réfutation.
C’est un procédé qui révèle surtout les limites du débat.
Réduire une discussion de fond à un registre purement individuel n’a rien d’édifiant sur le plan intellectuel. Cela traduit davantage une pauvreté argumentative et une difficulté à affronter les idées sur leur propre terrain qu’une véritable capacité à y répondre par les idées.
Car un débat sérieux ne se gagne ni par les attaques personnelles ni par la mise en cause de la personne qui porte l’argument, mais par la qualité des faits, des sources et du raisonnement.
Vous prétendez que plus Kigali devient embarrassant, plus mon texte s’éloigne de Kigali. Mais c’est vous qui estimez que Kigali a été embarrassant parce qu’il a permis la commémoration des massacres de Gatumba. C’est plutôt la décision d’interdire cette même commémoration au Burundi et à Kinshasa qui devrait vous faire trembler de honte, de la tête aux pieds et de surcroît te plaire et ton employeur.
Vous dites que vous avez condamné le Gnl. Ekenge « sans ambiguïté ».
Très bien. Mais la cohérence ne se mesure pas aux déclarations passées : elle se vérifie lorsque les circonstances changent. Avez-vous réagi à sa remise en fonction au même poste ? Si ce n’est pas le cas, faut-il en déduire que vous partagez la position de ceux qui soutiennent ce général dont la langue s’est largement déliée avec des propos qui portent atteinte à la dignité des femmes tutsi?
Enfin, si vous souhaitez réellement que nous laissions Mr l’honorable Frederic Muhoza Gisaro reposer en paix, commencez par arrêter de souiller sa mémoire et respecter son héritage historique. Il a consacré une partie de son combat à la survie des Banyamulenge. Il est donc pour le moins paradoxal de se réclamer de sa mémoire en adoptant des positions qui, par leurs effets ou par les bourreaux qu’elles encensent et exaltent, tournent carrément le dos à ce combat. On ne défend pas la mémoire d’un père en détruisant l’héritage qu’il a laissé. On l’honore en restant fidèle à ce pour quoi il s’est battu jusqu'à la mort.
Si nous voulons réellement avoir un débat digne de ce nom sur une question aussi grave que la survie d’un peuple opprimé, alors élevons le niveau de la discussion : confrontons les faits, les sources, les analyses et les arguments. Les attaques personnelles n’apportent rien au débat.
Notez bien ceci : ce n’est pas en attaquant ceux qui défendent une communauté en souffrance que vous gagnerez en légitimité, en gloire ou en reconnaissance. Cela ne vous rendra pas davantage « congolaise » que les autres Banyamulenge, où qu’ils se trouvent.
La véritable solidarité ne se mesure ni aux prix ni aux distinctions, mais à la capacité de comprendre et de partager la souffrance de ceux qui la vivent au quotidien, notamment ceux qui subissent les violences et les bombardements.