Le problème est plus profond que ça. La dette française n’est pas la “faute” morale des salariés ou des retraités, mais elle n’est pas non plus uniquement celle de quelques élus ou fonctionnaires : elle est le résultat de décennies de budgets où la dépense publique dépasse durablement les recettes. En 2025, la France a encore enregistré 152,5 milliards d’euros de déficit, avec une dette publique portée à environ 3 460 milliards d’euros, soit 115,7 % du PIB.
Et les ordres de grandeur obligent à sortir des slogans : en 2025, les administrations publiques ont dépensé environ 1 714 milliards d’euros. Là-dedans, on trouve 771 milliards de prestations sociales, 370 milliards de rémunérations publiques, 163,5 milliards de consommations intermédiaires, 132 milliards d’investissement et déjà 64,7 milliards d’intérêts de la dette. Les retraites sont d’ailleurs le premier poste des prestations sociales et ont augmenté d’environ 13,2 milliards d’euros en 2025. Cela ne signifie pas que les retraités seraient “responsables” : leurs pensions sont des droits votés et organisés collectivement. Mais comptablement, on ne peut pas prétendre qu’un redressement durable des finances publiques pourrait ignorer les grands postes simplement parce qu’ils sont politiquement sensibles.
La responsabilité politique, elle, est ailleurs : ce sont les gouvernements qui présentent les budgets et le Parlement qui vote les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale. C’est inscrit noir sur blanc aux articles 47 et 47-1 de la Constitution. Quand un pays accumule pendant des décennies des déficits récurrents, la question centrale devient donc : pourquoi les responsables publics continuent-ils à voter ou laisser exécuter des budgets durablement déséquilibrés ?
Quant à la solution, il n’y a malheureusement pas de bouton magique. Il faut agir sur plusieurs masses à la fois : efficacité de l’administration, dépenses de fonctionnement, aides et dispositifs devenus peu efficaces, organisation territoriale, coût des politiques publiques, retraites et santé dans la durée, mais aussi croissance économique et recettes. La France prélève déjà énormément : en 2025, les prélèvements obligatoires représentaient 43,6 % du PIB, tandis que les dépenses publiques atteignaient environ 57 % du PIB. Le problème n’est donc manifestement pas seulement de “trouver encore une taxe”.
Le vrai scandale n’est pas qu’un retraité touche sa pension ou qu’un salarié vive de son travail. Le vrai problème est qu’un État puisse dépenser durablement plus qu’il ne perçoit, année après année, puis transmettre l’addition aux générations suivantes sous forme de dette et d’intérêts. Et plus cette dette grossit, plus une part croissante du budget sert simplement à payer le passé : les intérêts ont encore augmenté de 11,2 % en 2025.
Donc oui, il faut regarder très sévèrement ceux qui décident, votent et administrent les dépenses publiques. Mais si l’on veut vraiment redresser le pays, il faut éviter les boucs émissaires faciles et regarder toute la mécanique budgétaire, poste par poste, efficacité par efficacité, euro par euro.