Les opérations d’influence du régime de Kigali vont bon train à Paris. Le 9 septembre 2026, Le Nouvel Obs leur ouvre son auditorium, avenue Pierre-Mendès-France, et joue à la perfection le rôle de l’idiot utile.
Affiche de la soirée : « Rwanda : qui a abattu l’avion du président Habyarimana ? » Invités : Michel Bussi, Patrick de Saint-Exupéry, Colette Braeckman, François Graner (Survie) et Marc Trévidic.
Une brochette déjà vue, déjà entendue, convoquée pour marteler une thèse aussi commode que contestable : Juvénal Habyarimana aurait été abattu par des extrémistes hutu, éventuellement aidés de mercenaires français.
Autrement dit : pas le FPR, pas Kagame. Le génocide aurait donc son détonateur « interne », et la piste qui dérange Kigali pourrait rentrer au vestiaire.
Trévidic, qui n’est pas à une contrevérité près, après avoir recouvert Bruguière d’un mépris de commande, lâche le couplet attendu.
Le dossier de son prédécesseur ?
« Pourri », « manipulé ».
On a même entendu, dans la salle, la formule définitive : le rapport d’expertise « écarte scientifiquement Masaka ».
C’est un mensonge.
Le rapport d’expertise remis en janvier 2012 aux juges Trévidic et Poux ne « prouve » pas l’identité des tireurs. Il ne clôt rien.
Il pondère des probabilités.
Il privilégie une zone autour de Kanombe — camp alors tenu par les FAR et la garde présidentielle — et juge faible la probabilité d’un tir depuis Masaka.
Faible n’est pas exclu. « Zone privilégiée » n’est pas verdict scientifique.
L’incertitude topographique elle-même était chiffrée, de l’ordre d’une centaine de mètres, voire davantage.
Transformer cette hiérarchie de vraisemblances en interdiction physique de Masaka, c’est faire dire au rapport ce qu’il ne dit pas.
Sur le devant de la scène, François Graner, président de Survie, ne bronche pas.
Silence de plomb.
Pourtant, plus d’un an plus tôt, le même Graner a coécrit avec Stefano Matthias Panebianco (CEA Saclay) une étude qui, en reprenant trajectoires, distances et témoignages, déplace le point d’impact et rouvre Masaka.
Leur conclusion n’est pas un tweet : parmi les scénarios testés, la configuration Masaka est celle qui rend le mieux compte de l’ensemble.
L’article est technique. Il est sourcé. Il contredit précisément la phrase que Trévidic vient de servir au public de L’Obs.
Pourquoi Graner n’a-t-il pas réagi ?
Un physicien du CNRS, militant de Survie, coauteur d’une étude qui remet Masaka au centre, assiste en silence à l’énoncé d’une fausse certitude scientifique.
Soit l’étude ne vaut plus rien le temps d’une soirée mondaine, soit la discipline de camp l’emporte sur la méthode.
Dans les deux cas, le spectacle est édifiant.
Et que dire de Trévidic ?
En janvier 2016, Le Point lui consacre une pleine page : pose de rockeur, air guitar, sourire d’homme qui se sait regardé.
Il lâche cette phrase : « Je peux me permettre des choses qui m’attireraient de vrais problèmes si je n’étais que moyen. »
Un ancien collègue, sous anonymat, demandait déjà : « Quelle affaire a-t-il sortie en dix ans à l’antiterro ? »
Le sociologue des médias J.M. Charon avait tranché le vrai basculement : jusque-là, les juges communiquaient sur leurs dossiers ; Trévidic, plus en charge d’aucune instruction, parle de lui.
Il installe son rond de serviette partout.
De L’Humanité à Valeurs actuelles, de Libération au Figaro, de la presse régionale aux hebdomadaires, on se l’arrache.
L’Express va jusqu’à lui confier, en 2014, l’interview de Bryan Ferry, son idole, comme on prête un micro à un fan devenu produit.
Quand sa décennie à l’antiterrorisme s’achève, en 2015, le statut l’oblige à quitter le pôle. Trévidic panique.
Il appelle les journalistes dont il est proche : « Tu fais quoi sur moi ? »
Peur du vide ?
Depuis, il enchaîne romans, plateaux, portraits, leçons de morale judiciaire.
Bref, ce n'était pas un colloque, mais une mise en scène, un opération d'influence.
Résumé :
nitter.net/jf_le_drian/status/209…