👉 La triangulation de cellules (antennes relais) pour déterminer la position d'un mobile (la géoloc ds une enquête), c'est bientôt de l'histoire ancienne.
La 5G SA (Standalone), la vraie, pas la 5G NSA qui se contente de greffer des antennes 5G sur un cœur de réseau 4G, permet de vous localiser avec une seule cellule et avec une précision inégalée.
Voici comment, et surtout, voici ce qui est réellement possible aujourd'hui 🧵
1️⃣ Ce que le réseau savait déjà faire
👉 Le réseau savait déjà vous situer. Il le faisait juste très mal.
Contrairement à une idée répandue, la 4G n'était pas aveugle. Une station LTE mesurait déjà le Timing Advance (une distance), la puissance reçue (RSRP, RSRQ), et certains équipements estimaient même un angle d'arrivée de façon propriétaire. Les méthodes E-CID, OTDOA et le positionnement hybride existent depuis longtemps et sont utilisées quotidiennement.
Le vrai problème n'était pas l'absence de mesure. C'était sa grossièreté. Un Timing Advance LTE progresse par pas d'environ 78 mètres, et l'angle, quand il existait, restait très approximatif. D'où le réflexe de croiser plusieurs cellules pour affiner.
2️⃣ Ce que la 5G change : votre direction devient une vraie mesure
👉 La 5G ne se contente plus de savoir à quelle distance vous êtes. Elle sait aussi dans quelle direction regarder.
Une antenne 5G n'est pas une antenne. C'est un réseau de dizaines à centaines d'éléments rayonnants (64T64R, 128T128R, jusqu'à 256 éléments). Une onde qui arrive en biais ne frappe pas tous ces éléments exactement en même temps. En comparant ces infimes déphasages, la station remonte à l'angle d'arrivée, en azimut et en élévation. C'est de l'interférométrie.
C'est standardisé sous le nom UL-AoA, et couplé au Multi-RTT (temps aller-retour) depuis la Release 16.
Attention à ne pas surinterpréter : une distance plus deux angles donnent bien un point unique, mais à condition d'avoir une visibilité directe, une antenne correctement calibrée et une géométrie favorable. Sinon plusieurs positions restent compatibles avec les mesures.
3️⃣ Le beamforming
👉 L'antenne ne diffuse plus dans toutes les directions. Elle vous vise. Et savoir dans quelle direction elle vise, c'est déjà savoir où vous êtes.
Le MIMO massif ne sert pas qu'à compter les antennes. Il permet de concentrer l'énergie dans un faisceau très étroit et de le diriger vers un terminal précis. Le réseau balaie l'espace avec ces faisceaux et le mobile lui indique lequel il reçoit le mieux.
Résultat : le simple identifiant du faisceau utilisé porte déjà une information directionnelle. Plus le faisceau est fin, ce qui est le cas en ondes millimétriques, plus cette information est discriminante. C'est le principe du DL-AoD.
4️⃣ La distance devient plus fine, mais attention au raccourci
👉 Ne confondez pas la finesse de la règle avec la justesse de la mesure. La 5G a une bien meilleure règle. Elle ne garantit pas pour autant le résultat.
La finesse d'une mesure temporelle dépend de la largeur de bande. L'approximation pédagogique classique, empruntée au radar, donne une résolution d'environ c / 2B.
100 MHz de bande, soit le cas français en 3,5 GHz, ce qui donne environ 1,5 mètre. 400 MHz en ondes millimétriques, environ 40 centimètres.
Ces chiffres sont des résolutions théoriques, pas des précisions garanties. La précision réelle dépend aussi du rapport signal sur bruit, de la qualité de la synchronisation, des trajets multiples et de la bande réellement exploitée. Des algorithmes comme MUSIC ou ESPRIT affinent l'estimation, surtout sur la partie angulaire, mais ils ne réécrivent pas la physique.
5️⃣ Des signaux conçus exprès pour ça
👉 La localisation n'est pas un effet secondaire de la 5G. Elle a été prévue dès la conception, avec ses propres outils.
Le PRS (descendant) et le SRS (montant) ne sont pas des signaux de communication détournés. Ce sont des signaux de référence dédiés à la localisation, standardisés en 3GPP Release 16, avec une bande portée jusqu'à 400 MHz précisément dans ce but. Les Releases 17 et 18 poussent encore plus loin avec l'agrégation de ressources PRS.
6️⃣ Le chef d'orchestre
👉 La 5G que la plupart d'entre nous utilisent aujourd'hui n'a pas encore ce cerveau. La vraie 5G, si.
Une fonction du cœur de réseau 5G, le LMF (Location Management Function), pilote l'ensemble. Elle dialogue avec le téléphone via le protocole LPP et avec les antennes via NRPPa.
Pas de cœur 5G, pas de LMF. Pas de LMF, pas de méthodes Release 16. C'est très exactement pour cette raison que la distinction SA / NSA n'est pas un détail.
7️⃣ En pratique, tout se fusionne
👉 Le réseau n'a pas besoin qu'une seule méthode soit parfaite. Il lui suffit d'en empiler plusieurs imparfaites.
Point trop souvent oublié : dans un réseau réel, la position finale n'est presque jamais issue d'une seule mesure. Le LMF combine ce dont il dispose, à savoir UL-AoA, Multi-RTT, DL-TDOA, DL-AoD, la position GNSS si le terminal la remonte, les capteurs du téléphone, l'historique de mobilité.
Le positionnement moderne est un problème de fusion de données, pas de géométrie pure.
8️⃣ Les chiffres, et ce qu'ils veulent vraiment dire
👉 Ces chiffres décrivent ce vers quoi la technologie tend, pas ce que votre opérateur fait en ce moment.
Release 16 : moins de 10 mètres en extérieur, moins de 3 mètres en intérieur, dans 80 % des cas. Release 17 : le sub-métrique, visé en priorité pour l'IoT industriel. Release 18 : le centimétrique, via le positionnement par phase de porteuse.
Ce ne sont ni des garanties, ni des performances contractuelles. Ce sont des objectifs et des résultats obtenus dans des scénarios d'évaluation de référence, avec des équipements compatibles, une synchronisation maîtrisée et un environnement favorable. Aucun opérateur français ne localise aujourd'hui un smartphone quelconque au centimètre.
(on ne parle pas ici d'utilisation du GPS du smartphone mais bien uniquement de l'usage des cellules)
9️⃣ Ce qui vous concerne directement
👉 Ca ne se désactive pas dans les paramètres, parce que ça ne se passe pas dans votre téléphone.
Pas de GPS. Pas d'application installée. Pas de permission demandée. C'est une fonction du réseau, qui opère au niveau radio, sous le contrôle du modem et non du système d'exploitation. Depuis la Release 17, le positionnement est même possible en état RRC_INACTIVE, donc sans session de données active.
Le mode avion coupe ça. Vos réglages de confidentialité, non.
🔟 Les limites, parce qu'il en faut
👉 La capacité est écrite dans la norme. Son déploiement réel, c'est une autre histoire, et elle ne fait que commencer.
Tout repose sur la visibilité directe. Sur un trajet réfléchi, l'angle mesuré est celui du mur, pas le vôtre, et l'erreur peut atteindre plusieurs dizaines de mètres. En France, les opérateurs disposent de 50 à 90 MHz chacun en 3,5 GHz, et le 26 GHz reste quasi absent des réseaux publics. Enfin, le PRS de positionnement n'est pas activé partout, loin de là.
Pour conclure
Ce qui change, c'est la granularité de ce qu'on obtient au bout de la chaîne.
Hier, un quartier.
Demain, dans certaines conditions et avec les bons équipements, l'échelle d'un appartement, voire d'une pièce.
Dans quelques années, il sera possible de vous localiser dans vos toilettes rien qu'avec la 5G.