On peut faire faire n’importe quoi à un adolescent. Cette catégorie de la population est la plus conformiste, la plus dépendante des influences sociales, tout en s’imaginant rebelle ; la plus consumériste, tout en se déclarant anticapitaliste ; la moins créative, tout en s’estimant la plus précieuse ; la plus portée à la violence de meute, tout en clamant son statut de victime et son antifascisme ; la plus nombriliste, tout en se proclamant la plus généreuse et la plus ouverte aux enjeux généraux du monde. Enfin, c’est la plus instable sur le plan hormonal, et elle offre pour toutes ces raisons, dans tous les pays, un vivier bon marché aux révolutionnaires de pacotille, aux dictateurs, aux escrocs et démagogues politiques incapables de mobiliser la majorité des adultes.
Il y a certes l’opportunité de soustraire quelques jours, aux beaux jours qui finissent, les corps à l’emprise de l’Éducation nationale. Une manifestation et des cours perdus, ce sont des moments de liberté, de défoulement, de rencontres et de lumière aussi. C’est autrement plus riche socialement qu'un cours enfermé dans une salle et c'est bien la seule chose positive que je vois dans ce mouvement. Mais à quoi serviront ces manifestations ? Parmi les adultes qui les soutiennent en rejouant une séquence débile sur le thème « CRS-SS », personne ne semble vouloir l’analyser ni l’anticiper. Donc voici la situation :
Mélenchon a simplement tenté de prendre le contrôle du mouvement social que chacun anticipait cet automne, en partant du terrain le plus facile à mobiliser : les jeunes. L’oligarchie (l’hypercentre) a intérêt à ce que ce mouvement soit piloté par LFI, tout en s’arrangeant pour qu’il soit débordé sur ses marges. C’est le meilleur moyen d’en susciter le rejet par la majorité des Français. Pour mémoire, la tactique consistant à confier les mouvements sociaux à des radicaux incapables d’entraîner la majorité est un jeu dangereux, mais souvent payant. C’est un moyen efficace, pour l’État, de s’assurer que le peuple majoritaire et en colère s’éloigne d’un mouvement social à risques. En le confiant à un Mélenchon qui ne peut pas le rendre majoritaire — faute de prise sur la France périphérique, et en raison du rejet que suscitent les images de violences urbaines —, la macronie installe un climat propice à toute initiative, prépare son second tour contre la seule force politique capable de la menacer légalement, tout en se ménageant une menace de rue à utiliser le moment venu pour effrayer les récalcitrants.
À suivre !