Le bal des généraux de plateaux...
💬"« L’écueil, c’est qu’il y a des centaines de métiers et des spécialités très différentes dans nos armées et que ces anciens hauts gradés ne peuvent pas tous les connaître, ni intervenir en permanence sur tous les sujets de défense », ajoute le journaliste indépendant spécialiste des conflits armés Romain Mielcarek, également enseignant-chercheur à l’Institut pratique du journalisme Dauphine. D’aucuns peuvent donc se tromper dans leurs analyses, surtout quand ils s’appuient sur leur unique et ancienne expérience."
💡Je précise la pensée que je défendais dans ce très bref résumé:
J'observe qu'une grande partie des officiers invités dans les médias ont souvent deux travers:
1) Ils ne savent pas aller chercher les réponses à des questions qu'ils ne maitrisent pas spontanément, comme le ferait un journaliste ou un chercheur. Souvent, lorsqu'ils ont atteint de hautes responsabilités, des subalternes le faisaient pour eux et les abreuvaient de notes. En général, désormais autonomes, leur propos se nourrit simplement... de la lecture du journal.
D'autant plus qu'ils ne sont pas nombreux à être des cadors de la veille numérique, des RS et de l'OSINT.
❌ Souvenir de cet ancien du renseignement qui me tacle pendant la pub en plateau, très autoritaire et péremptoire, sur des éléments techniques de détection de mines des Arleigh Burke ayant traversé Ormuz le matin même : "Ils n'ont pas cette capacité." Ma source : la documentation technique des navires, disponible en sources ouvertes, pour peu qu'on farfouille un peu sur les sites du DoD.
2) Pour une partie non négligeable d'entre eux, ils ont quitté les armées et les premiers cercles de la défense depuis trop longtemps. Il suffit de quelques années pour ne plus être à jour et ne plus en connaître.
❌ Souvenir de cet ancien du renseignement (encore.) qui me dit en sortant de plateau : "Mais d'où sortez vous cette information sur tel mode opératoire de l'armée de l'air française ? Je n'en ai jamais entendu parler." Ma source : le pilote qui l'avait employé... sur un théâtre que l'aïeul était trop vieux pour avoir suivi.
Un officier ayant l'un et/ou l'autre de ces deux travers aura tendance à ne pas avoir de plus value dans l'exercice d'analyse médiatique. Soit parce que, cavalo, il ne connait pas réllement les enjeux liés à l'industrie aéronautique européenne. Soit parce que riche de son expérience au Kosovo ou en Côte d'Ivoire, il n'est pas spécialement en mesure d'interroger des Ukrainiens sur leur expérience du combat en tranchée.
Alors il bavarde. Avec plus ou moins de brio.
Mais le poids du grade donne l'illusion de la crédibilité. Et donc une autorité face à laquelle il est difficile d'obtenir gain de cause dans l'échange.
MAIS : cela ne doit pas faire oublier que quelques uns d'entre eux sont des analystes et des vulgarisateurs brillants. Ils ont en général en commun d'avoir développé suite à leur carrière militaire une activité qui les amène à continuer de nourrir leur savoir. Soit par un travail de documentation et d'écriture, soit par un travail de réseautage.
Comme n'importe quel chercheur ou journaliste, finalement. Leur qualité d'ancien militaire n'est plus, dès lors, qu'un exotisme... Qui, disons le, fait classe.
Article dans Le Parisien:
leparisien.fr/culture-loisir…