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Appelons-la HĂ©lĂšne. Elle a 56 ans, elle mange « bien » depuis ses vingt ans, et elle est fatiguĂ©e depuis presque aussi longtemps. Vous lui ressemblez peut-ĂȘtre un peu.
Ă vingt ans, en 1990, on lui a appris que le gras Ă©tait l'ennemi. Elle a remplacĂ© le beurre par la margarine, choisi les yaourts Ă 0 % et comptĂ© ses Ćufs, pas plus de trois par semaine, Ă cause du cholestĂ©rol. Elle ignorait qu'une grande revue scientifique de 1967, qui avait contribuĂ© Ă accuser le gras et Ă Ă©pargner le sucre, avait Ă©tĂ© financĂ©e en secret par l'industrie sucriĂšre : on ne l'a appris qu'en 2016. Entre-temps, les graisses trans de sa margarine ont Ă©tĂ© reconnues nocives. Les recommandations amĂ©ricaines ont abandonnĂ©, dans leur Ă©dition 2015-2020, leur plafond chiffrĂ© de cholestĂ©rol alimentaire. L'Ćuf est redevenu l'une des meilleures protĂ©ines qui soient.
Ă trente ans, elle a renoncĂ© au cafĂ© : depuis 1991, le Centre international de recherche sur le cancer le classait « peut-ĂȘtre cancĂ©rogĂšne ». Il a abandonnĂ© ce classement en 2016, et trois Ă quatre tasses par jour sont aujourd'hui associĂ©es Ă une mortalitĂ© plus basse. Ă la mĂȘme Ă©poque, on lui vantait le verre de vin rouge du « paradoxe français », puis le resvĂ©ratrol en gĂ©lules. Le mĂ©canisme annoncĂ© s'est rĂ©vĂ©lĂ©, pour l'essentiel, un artefact de laboratoire. Une Ă©tude italienne de neuf ans n'a trouvĂ© aucun lien entre le resvĂ©ratrol et la mortalitĂ©, et l'OMS rappelle dĂ©sormais qu'aucune consommation d'alcool n'est sans risque.
à quarante ans, elle a découvert les antioxydants : baies de goji, scores affichés sur les emballages, gélules. En 2012, le ministÚre américain de l'Agriculture a retiré sa base de données de scores antioxydants, faute de preuve que l'effet santé passait par là . Puis sont venus le sans-gluten, le cétogÚne, le végan, le carnivore, chacun avec ses études, ses gourous et ses convertis.
HĂ©lĂšne n'a pas Ă©tĂ© naĂŻve. Elle a Ă©tĂ© obĂ©issante. Ă chaque Ă©poque, elle a suivi la vĂ©ritĂ© du moment, et chaque fois la vĂ©ritĂ© a changĂ© de camp. Aujourd'hui, elle a un placard plein de complĂ©ments et toujours ce coup de barre de 16 heures. đźâđš
MĂȘme les meilleurs se corrigent
Cette semaine, j'ai lu un texte presque parfait sur la nutrition de longĂ©vitĂ©, signĂ© par un mĂ©decin suisse, le Dr GuĂ©nolĂ© Addor. Il passe cinq piliers (protĂ©ines, fibres, polyphĂ©nols, aliments fermentĂ©s, omĂ©ga-3) au crible de plus d'une centaine d'Ă©tudes. En fin de texte, il fait un geste rare : il retire publiquement six chiffres qu'il avait lui-mĂȘme diffusĂ©s. Parmi eux, une « vĂ©ritĂ© » que vous avez sĂ»rement entendue : nous porterions dix fois plus de bactĂ©ries que de cellules. Le vrai rapport est d'environ 1,3 pour 1. Le chiffre venait d'une estimation de 1972, recopiĂ©e pendant plus de quarante ans sans jamais avoir Ă©tĂ© mesurĂ©e. Je ne le dis pas pour l'accabler, au contraire : c'est ce qui le rend crĂ©dible.
Une vérité scientifique n'est pas une statue. C'est un chantier.
Une date, une personne, une heure
C'est ce que j'appelle la relativitĂ© des vĂ©ritĂ©s alimentaires. Une vĂ©ritĂ© a toujours une date : l'histoire d'HĂ©lĂšne vient de vous le montrer. Elle a aussi une personne. Dans une Ă©tude israĂ©lienne menĂ©e sur 800 volontaires, le mĂȘme aliment faisait grimper la glycĂ©mie bien plus chez les uns que chez les autres. Certains rĂ©agissaient plus fort Ă la banane qu'au biscuit, d'autres exactement l'inverse. Elle a enfin une heure. Chez huit hommes prĂ©diabĂ©tiques, concentrer les repas sur six heures, avant 15 h, a suffi en cinq semaines Ă amĂ©liorer la sensibilitĂ© Ă l'insuline et la tension, sans perte de poids. MĂȘme assiette, autre horaire, autre histoire.
Et une vĂ©ritĂ© dĂ©pend de la façon dont on la raconte. Un titre annonçant « +43 % de fibrillation auriculaire sous omĂ©ga-3 » dit vrai. Mais en valeur absolue, c'est 0,8 point de pourcentage, et seulement chez des personnes Ă haut risque cardiaque qui en prennent plus de 1,5 gramme par jour. MĂȘme chiffre, deux histoires. En nutrition, la vĂ©ritĂ© est un miroir cassĂ© : chaque Ă©tude en tient un Ă©clat, aucune ne tient le miroir entier. Devant tout pourcentage qui fait peur ou qui fait rĂȘver, prenez le rĂ©flexe de poser deux questions : « sur combien ? » et « chez qui, la souris ou l'humain ? ». đ
Ce qui ne bouge pas
Faut-il alors ne plus croire personne ? Non. Il faut distinguer les vérités qui ont une date des principes qui n'en ont pas. Chez les Hadza de Tanzanie, l'un des derniers peuples de chasseurs-cueilleurs, le microbiote suit toujours le calendrier : des familles entiÚres de bactéries s'effacent au fil d'une saison et reviennent à la suivante. Les chiffres bougent, le vivant garde ses rythmes. C'est pourquoi ma vision de l'alimentation tient en une formule qui ne dépend d'aucune étude à la mode : omnivore, local, de saison.
Omnivore, parce que chaque aliment fait ce qu'il sait faire. Il faut environ 555 grammes de pois chiches pour Ă©galer les protĂ©ines utilisables de cinq Ćufs, avec prĂšs de trois fois plus de calories, mais ces pois chiches apportent 42 grammes de fibres que les Ćufs n'auront jamais.
De saison, parce que la saison fait tourner votre panier. Sur plus de 11 000 personnes, le nombre de plantes différentes consommées prédisait mieux la diversité du microbiote que l'étiquette « végan » ou « omnivore ».
Local, parce qu'un aliment vaut ce qu'il a lui-mĂȘme mangĂ©. La teneur en omĂ©ga-3 du saumon d'Ă©levage Ă©cossais a Ă©tĂ© divisĂ©e par deux en une dizaine d'annĂ©es, depuis qu'on remplace l'huile de poisson par des huiles vĂ©gĂ©tales dans son alimentation. Ici, en VendĂ©e, l'automne pose tout sur une seule table : des Ćufs, des mogettes, du chou cru ou lacto-fermentĂ©, des pommes, des noix, et les sardines de l'Ă©tĂ© mises en conserve. đ
Reste le principe qui ne se mange pas. Orexis, le nom grec que j'ai donnĂ© Ă ma mĂ©thode, signifie l'appĂ©tit : l'Ă©lan qui met en mouvement. Votre appĂ©tit est un barreur, et nous brouillons ses instruments en permanence. Quand le sommeil est Ă©courtĂ©, on mange en moyenne prĂšs de 400 calories de plus par jour. Un repas pris devant un Ă©cran fait manger davantage plus tard dans la journĂ©e, sans qu'on s'en rende compte. Ce n'est pas un manque de volontĂ©. C'est un barreur Ă qui l'on envoie des informations contradictoires. đ§
đ Pour passer Ă l'acte
J'ai deux paris du moment, et je dis bien des paris. Le premier : 30 grammes de protéines au premier repas de la journée, quelle que soit son heure. Le second : des légumineuses chaque jour, en y venant sur quatre à six semaines. Les deux vont avec deux séances de renforcement musculaire par semaine, sans lesquelles les protéines ne font presque rien. Mais ne me croyez pas sur parole : vérifiez. Le corps répond vite. Quarante volontaires, vingt Américains et vingt villageois sud-africains, ont échangé leur assiette pendant deux semaines. Au bout de quatorze jours, la chimie de leur cÎlon s'était retournée.
Si HĂ©lĂšne me demandait conseil, je ne lui donnerais pas une vĂ©ritĂ© de plus. Je lui rendrais son instrument de mesure. C'est tout l'esprit des Fruits du vivant : trente gestes simples, presque tous gratuits, dont deux rĂ©pondent directement Ă cette lettre, manger Ă la lumiĂšre du jour et retrouver la faim vĂ©ritable. Que vous soyez Ă bout de forces ou simplement Ă bout de protocoles, le principe est le mĂȘme. Trente fruits possibles, trois fruits choisis, trente jours d'expĂ©rimentation et trois observations quotidiennes : votre Ă©nergie, votre sommeil, votre Ă©tat intĂ©rieur. Au bout d'un mois, vous ne saurez pas ce qui est vrai pour tout le monde.
Vous saurez ce qui est vrai pour vous, et c'est la seule vĂ©ritĂ© que vous pourrez toujours revĂ©rifier vous-mĂȘme.
Pour commencer, voici mon trio d'automne : recevoir la lumiÚre du matin, manger à la lumiÚre du jour, retrouver la faim véritable. Ce sont trois fruits qui remettent votre appétit à l'heure. Le pourquoi et le comment de chacun sont dans le livre.
đ Les Fruits du vivant, sur Amazon :
amazon.fr/dp/B0HDLZBZXX
Ă vous maintenant : quels seront vos trois fruits ? đ
â SĂ©bastien Jambou
P.S. Et vous, quelle « vérité » alimentaire avez-vous suivie pendant des années avant qu'on vous annonce le contraire ? Racontez-la-moi : chacun de nous a son histoire d'HélÚne.