Tout un roman pour justifier une chaise vide. PSPP confond fermetĂ© et confrontation. Pendant quâil rĂšgle ses comptes avec Ottawa, les autres font des affaires. Le QuĂ©bec a besoin de rĂ©sultats, pas dâun PM qui transforme chaque dĂ©saccord en crise nationale.
Sur le dĂ©fi de gouverner pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du QuĂ©bec dans un environnement qui s'est habituĂ© Ă accepter ce qui est pourtant parfaitement anormal
En ce beau dimanche ensoleillé, je prends la plume comme je le ferai de temps à autre le dimanche, à titre de premier ministre, pour donner de la perspective à des sujets de société ou des décisions qui le méritent. Pas tant pour convaincre, car la semaine est remplie d'occasions de le faire, mais plutÎt pour donner un peu plus de contenu et de perspective, de sorte que les citoyens qui veulent s'intéresser à la politique de plus prÚs puissent se rapprocher des enjeux et comprendre les fondements de ces décisions.
Cette semaine a été marquée par l'organisation d'un sommet Canada-Union européenne dans le cadre duquel le Québec a été relégué à un statut de figurant. Comme premier ministre, j'ai été confronté via nos fonctionnaires aux constats suivants quelques jours aprÚs mon assermentation et à quelques jours seulement de l'événement:
1- Le refus du Canada d'octroyer au Québec le statut de participant au sommet;
2- Le refus du Canada d'octroyer au QuĂ©bec le statut dâobservateur au sommet;
3- Le refus du Canada de permettre au Québec d'organiser une réception de bienvenue en marge de l'événement;
4- Le refus dâorganiser une rĂ©elle rencontre dâenlignement des orientations entre le QuĂ©bec et le Canada le cadre du sommet;
5- Le refus du Canada de permettre au premier ministre du QuĂ©bec, sur son territoire, dâadresser la parole aux invitĂ©s.
Mark Carney a affirmé publiquement qu'il y a avait eu trois rencontres de travail entre le Québec et le Canada pour préparer ce sommet, mais, aprÚs vérification avec le secrétaire général du gouvernement du Québec et le sous-ministre aux relations internationales, cette affirmation n'avait aucun fondement.
Il nây a pas une nation au monde qui accepterait d'ĂȘtre exclu, sur son propre territoire, de nĂ©gociations qui affecteront directement ses intĂ©rĂȘts, son Ă©conomie, sa richesse et ses lois. C'est le principe mĂȘme de la dĂ©mocratie: pouvoir veiller soi-mĂȘme Ă ses propres intĂ©rĂȘts en reflĂ©tant la volontĂ© de sa population et non pas laisser le voisin dĂ©cider Ă sa place. Certains diront: est-ce que câest si grave si le Canada, et non pas le QuĂ©bec, dĂ©cide de ce qui est bon pour le QuĂ©bec ? La rĂ©ponse la plus sincĂšre que je puisse apporter Ă cette question ne pourrait ĂȘtre autre que oui. Ne pas pouvoir parler en notre propre nom, c'est abdiquer Ă un parlement dans lequel nous nâavons que 20% des siĂšges, donc trĂšs peu d'influence, l'arbitrage de nos propres intĂ©rĂȘts qui seront alors le plus souvent sacrifiĂ©s pour d'autres intĂ©rĂȘts qui ne sont pas les nĂŽtres. Car oui, les accords de libre-Ă©change ou les accords politiques entre les pays ont des impacts concrets dans la vie des gens. Ne pas ĂȘtre Ă la table signifie que notre Ă©conomie risque dâĂȘtre affectĂ©e de maniĂšre disproportionnĂ©e, ce qui peut mener Ă des consĂ©quences bien rĂ©elles pour nos entreprises et pour de nombreux citoyens qui travaillent dans certains secteurs.
Devant cette exclusion manifeste et ce manque de respect envers le QuĂ©bec, j'ai dĂ©cidĂ© de poser un geste. Non pas en laissant la « chaise vide » comme l'ont laissĂ© entendre faussement plusieurs commentateurs: notre nĂ©gociateur et diplomate en chef, Pascal Paradis, qui a plus de 25 ans d'expĂ©rience dans le domaine, Ă©tait prĂ©sent Ă la table d'honneur et a rencontrĂ© en privĂ© les reprĂ©sentants les plus influents de l'Union europĂ©enne. Mais bien en indiquant simplement que le QuĂ©bec ne pouvait ĂȘtre ignorĂ©. En envoyant clairement le message que, pour avoir la collaboration du QuĂ©bec, il faut reconnaĂźtre son existence et son droit d'ĂȘtre Ă la table de discussion, un principe qui est normal dans toute nation qui se respecte.
Mais voilĂ , ce qui est normal pour les peuples de partout dans le monde est anormal au QuĂ©bec. Ce qui est normal au QuĂ©bec, c'est de laisser passer et de ne rien faire lorsque le QuĂ©bec recule, n'obtient pas le respect minimum et est littĂ©ralement Ă©cartĂ© sur des questions vitales le concernant. Sous les libĂ©raux, on traitait ces reculs de notre pouvoir dĂ©mocratique de veiller Ă nos affaires dans lâindiffĂ©rence et le silence. Un exemple? Lors du dĂ©pĂŽt du rapport « QuĂ©bĂ©cois, notre façon d'ĂȘtre Canadien », suivant lequel le fĂ©dĂ©ral a cavaliĂšrement fermĂ© la porte au QuĂ©bec, notre gouvernement de lâĂ©poque sâest contentĂ© dâun haussement dâĂ©paules. Parfois mĂȘme on tentait de faire passer des reculs comme des victoires.
Sous la CAQ, le premier ministre se plaignait publiquement du mauvais traitement et de la condescendance du fĂ©dĂ©ral sans toutefois poser aucun geste concret en consĂ©quence, rappelons-nous seulement de nombreux Ă©pisodes oĂč le fĂ©dĂ©ral nous a manquĂ© de respect : le dĂ©bat des chefs oĂč la CBC avait qualifiĂ© notre loi quĂ©bĂ©coise sur la laĂŻcitĂ© de raciste, le refus sur les transferts en santĂ©, l'Ă©pisode interminable du chemin Roxham, le refus de nous laisser mettre en place une dĂ©claration de revenus unique, le refus sur les pleins pouvoirs en immigration, une question de « survie pour notre nation », et tant dâautres.
Plus rĂ©cemment, pensons au spectacle dĂ©solant sur la privatisation de l'aĂ©roport de MontrĂ©al et les nĂ©gociations sur les tarifs amĂ©ricains dans le cadre desquelles le fĂ©dĂ©ral a pris des dĂ©cisions unilatĂ©rales qui vont Ă l'encontre des intĂ©rĂȘts et des demandes du QuĂ©bec, notamment celle des contre-tarifs dollars pour dollar qui nuit substantiellement Ă notre Ă©conomie, suivant la presque totalitĂ© des intervenants du milieu des affaires.
Mon point de vue est que dans un pays normal, le premier ministre ne devrait pas avoir Ă quĂ©mander pour prendre la parole lorsqu'il accueille des dignitaires sur son territoire, il ne devrait pas non plus espĂ©rer que le tĂ©lĂ©phone sonne pour savoir si nos intĂ©rĂȘts sont sacrifiĂ©s ou non dans le cadre des nĂ©gociations avec l'Europe.
Ăa fait six ans que je suis chef du Parti QuĂ©bĂ©cois et que j'interviens en chambre pour que cesse cette approche de faire le tapis et faire semblant que le recul du QuĂ©bec n'a pas lieu. Ă ce titre on ne pourra pas m'accuser de manquer de transparence ni de constance, car non seulement j'ai reprochĂ© Ă mes prĂ©dĂ©cesseurs de ne rien faire de concret devant ces nombreux reculs et manque de respect, mais j'ai explicitement affirmĂ© Ă de multiples reprises durant la campagne que sous un gouvernement du Parti QuĂ©bĂ©cois, les choses changeraient: voyez cet extrait ci-joint aussi clair que parlant du face-Ă -face TVA dans le cadre duquel j'affirmais que « je veux collaborer avec Mark Carney, SI et QUAND câest dans le respect des intĂ©rĂȘts du QuĂ©bec, le respect du QuĂ©bec est non nĂ©gociable ».
Donc, nous y voilĂ . DorĂ©navant, lorsque le QuĂ©bec et ses intĂ©rĂȘts ne seront pas respectĂ©s, on ne gardera plus le silence et on ne fera pas semblant que ça n'a pas eu lieu. DorĂ©navant, on va se tenir debout jusqu'Ă ce que le respect soit obtenu et que nos intĂ©rĂȘts soient bel et bien servis. Dans mon esprit, c'est cela revĂȘtir les habits de premier ministre: dĂ©fendre le QuĂ©bec avec conviction au-delĂ du calcul Ă court terme de l'effet de cette posture sur le prochain sondage du jour.
Je prends Ă©galement note de la tentative de mes adversaires dâĂ©viter le dĂ©bat sur le fond en y allant dâarguments ad hominem, câest-Ă -dire dâattaques me visant personnellement comme Ă©tant un « boudeur », un « bĂ©bĂ© lala », ou encore MĂ©lanie Joly qui affirmait quâelle me ferait un « cĂąlin ». Cette condescendance Ă mon Ă©gard et Ă lâĂ©gard du fait de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du QuĂ©bec ne fait que renforcer davantage ma volontĂ© dâagir en premier ministre, un premier ministre qui est entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă la dĂ©fense de lâintĂ©rĂȘt des QuĂ©bĂ©cois. Jâajouterais que je souhaite ardemment quâun jour, avant de tourner en dĂ©rision ceux qui dĂ©fendent le QuĂ©bec, on remette en question dâabord ceux qui ont perdu de vue l'intĂ©rĂȘt collectif et le respect de notre dĂ©mocratie au fil du cheminement de leur carriĂšre. Nous ne voulons pas revenir 60 ans en arriĂšre. Ă ce titre, lâincapacitĂ© des diplomates et ministres fĂ©dĂ©raux Ă comprendre et reconnaĂźtre lâexistence de la doctrine GĂ©rin-Lajoie devrait nous alerter sur le recul Ă©vident auquel nous faisons face.
Maintenant, j'ai bien entendu l'invitation de Mark Carney pour une rencontre avant le Sommet de la francophonie au Cambodge dans le cadre duquel je mÚnerai personnellement la délégation du Québec. J'accepte cette invitation et je le remercie pour son changement de ton. Sans surprise, je demande simplement que cette rencontre soit faite dans le respect des lois du Québec, notamment la loi sur la Commission de la capitale nationale, qui énonce que les rencontres de cette nature doivent se tenir à Québec. Les nombreux intervenants de la capitale nationale ont eu parfaitement raison au cours des derniÚres années de demander fermement que cette loi soit respectée et je me suis engagé à ce changement lors de la campagne électorale.
J'espĂšre que cette mise en contexte permettra Ă mes lecteurs de mieux comprendre les principes qui guideront le gouvernement du QuĂ©bec pour la suite: ces principes sont dĂ©sormais clairs et prĂ©visibles, car ils reflĂštent mes engagements Ă©lectoraux et sont cohĂ©rents avec notre vision dâun QuĂ©bec qui dĂ©cide par lui-mĂȘme et rayonne partout dans le monde. Les relations internationales du QuĂ©bec vont prendre de l'ampleur au cours de ce mandat, bien qu'au cours des prochains mois, d'autres urgences plus terre Ă terre occuperont l'essentiel du temps de notre gouvernement, notamment de remplir chacun de nos engagements pour les 100 premiers jours de notre nouveau gouvernement. J'aurai l'occasion de reprendre la plume sur ces autres sujets prochainement, en espĂ©rant que cette lecture ait contribuĂ© Ă votre comprĂ©hension de nos orientations.
à bientÎt et bonne journée à tous.