Quel est le personnage principal du drame politique congolais ?
On croirait wue c'est le chef, inspiré par l'exemple de Mobutu et caricaturé par Sony Labou Tansi.
Mais il existe un autre personnage. 1/3
De l’anti-mobutisme au fatshisme : transhumance politique, caméléonisme ou pragmatisme ?
La longévité politique à l’épreuve des régimes en RDC - Cas de Lambert Mende Omalanga et Tryphon Kin-Kiey Mulumba
Le parcours politique de figures telles que Lambert Mende et Tryphon Kin-Kiey s’inscrit dans l’histoire des mutations contemporaines de la RDC. Leurs trajectoires, marquées par des changements successifs d’alliances au gré des régimes — de la fin du mobutisme aux présidences des Kabila, puis à celle de Félix Tshisekedi — suscitent différentes lectures au sein de la société congolaise, particulièrement auprès des jeunes générations.
De l’opposition à Mobutu au pouvoir mobutiste
Anciens farouches opposants à Mobutu au début des années 1990, Lambert Mende Omalanga et Tryphon Kin-Kiey Mulumba deviennent par la suite ministres du régime mobutiste au crépuscule de celui-ci. Ils rejoignent ensuite, au sein du RCD-Goma, l’opposition armée aux Kabila, père et fils. Leurs parcours apparaissent ainsi comme des trajectoires politiques pour le moins sinueuses, au gré des bouleversements, des soubresauts et des rapports de forces qui ont marqué la vie politique congolaise.
De l’opposition aux Kabila au fervent kabilisme
Après avoir combattu les Kabila, ils deviennent ensuite ministres et fervents chantres du kabilisme. Ils vont jusqu’à populariser le slogan « Kabila totondi yo nanu te » (Kabila, nous ne sommes pas encore rassasiés de toi ») pour encourager Joseph Kabila à briguer un troisième mandat, pourtant interdit par la Constitution.
Dans le même temps, ils s’illustrent par leurs attaques virulentes contre l’opposition conduite par Étienne Tshisekedi.
Cette nouvelle étape de leurs trajectoires pose déjà la question de la constance des convictions politiques et idéologiques, et de la manière dont celles-ci peuvent évoluer en fonction des rapports de forces et des perspectives de pouvoir.
De l’alternance au « fatshisme »
Avec l’alternance de 2019, les voilà de nouveau aux avant-postes du pouvoir, cette fois parmi les hauts cadres du « fatshisme ».
Ils se retrouvent ensuite en première ligne du projet de changement de Constitution, présenté comme un moyen de permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels.
Ainsi, d’un régime à l’autre, d’une opposition à une majorité, d’un discours politique à un autre, ces deux trajectoires semblent avoir traversé les principales séquences de la vie politique congolaise contemporaine.
Transhumance politique, caméléonisme ou pragmatisme ?
Ces parcours, faits de revirements, de trahisons, d’alliances successives et de repositionnements politiques au gré des régimes et des rapports de forces, soulèvent une question fondamentale. Quelle image de la politique congolaise Lambert Mende et Tryphon Kin-Kiey Mulumba renvoient-ils à l’opinion publique ? Et surtout, quel exemple donnent-ils aux jeunes générations appelées à prendre demain les destinées du pays ?
Faut-il y voir une forme de transhumance politique, un caméléonisme opportuniste immoral et antipatriotique permettant de survivre aux changements de régimes, ou encore une forme de pragmatisme politique dictée par les réalités du pouvoir et de la politique congolaise ?
La constance des convictions à l’épreuve du pouvoir
Au-delà de leurs personnages et de leurs trajectoires individuelles, ces parcours posent la question de la constance des convictions, de l’éthique en politique et de la responsabilité des élites face à l’histoire.
Ils interrogent également le rôle des élites intellectuelles, plutôt diplômées, dans la déliquescence sociopolitique actuelle du pays.
Car la question dépasse largement les deux personnages analysés : elle renvoie à une pratique politique plus générale où les convictions, les positions et les discours s'adaptent constamment au pouvoir. Dès lors, que reste-t-il des convictions politiques lorsqu'elles semblent s'accommoder systématiquement des régimes en place ? JJWO