À l’occasion des 10 ans d’
@actualitecd, nous avons été conviés à nous projeter dans l’avenir et à réfléchir à ce que pourrait être, ou devrait être, le journalisme au cours des dix prochaines années.
Voici, de manière plus exhaustive, ma réflexion à ce sujet, dont j’avais essayé de présenter les grandes lignes lors de la conférence :
1. Un journalisme libre, fondé sur le droit
Sur le plan légal, nous avons la Constitution, notamment en son article 24, ainsi que l’Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, qui constituent les principaux soubassements juridiques de l’exercice de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo.
Cet aspect peut, à première vue, paraître théorique. Pourtant, c’est d’abord dans le droit que la presse doit puiser sa légitimité, sa protection et la force nécessaire à l’accomplissement de sa mission.
On ne quémande pas un droit acquis !
La presse doit être libre d’informer, d’investiguer, de rechercher et de présenter les faits en toute indépendance. Elle doit pouvoir exercer pleinement son rôle de sentinelle de la démocratie, dans le respect de la loi, de l’éthique et de la déontologie professionnelle.
2. Un journalisme indépendant des pesanteurs politiques
Je suis conscient que les pesanteurs politiques ne sont pas toujours de nature à favoriser l’éclosion d’une presse véritablement libre et indépendante... même si nous savons également que l’indépendance absolue demeure difficile à atteindre.
Cependant, la classe politique, celles et ceux qui exercent le pouvoir comme ceux qui sont dans l’opposition, doit accepter de laisser le quatrième pouvoir jouer pleinement son rôle, de manière autonome et professionnelle.
Car lorsque l’information n’est pas traitée par les professionnels que vous êtes, par qui l’est-elle ?
Elle finit trop souvent entre les mains d’amateurs qui ne sont soumis à aucune déontologie professionnelle, mais qui disposent malheureusement parfois d’une audience considérable. Le risque est alors grand de voir l’opinion publique détournée des faits véritables, établis et vérifiés.
C’est notamment dans ce terreau que prospèrent les fakes news, la désinformation et une multitude de contenus qui peuvent heurter nos lois, nos valeurs et parfois même nos us et coutumes.
L’information est comme un cours d’eau; si vous lui obstruez le passage, elle finira toujours par se frayer un autre chemin, parfois avec fracas.
La censure, les entraves à la liberté de la presse ou encore la volonté de soumettre les médias à des intérêts partisans ne peuvent, à terme, qu’entraîner des conséquences malheureuses pour notre démocratie.
3. Un journalisme crédible à l’ère de la démocratie numérique
Aujourd’hui, malgré les pesanteurs sociétales, économiques et politiques, bon nombre d’entre vous sont demeurés des sources d’information crédibles, grâce notamment à l’indépendance éditoriale que vous vous êtes efforcés de préserver.
Et cela n’est pas toujours facile dans une société où l’on voudrait constamment vous contraindre à choisir un camp : « Si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi. »
C’est ici le lieu de féliciter
ACTUALITE.CD, qui s’est progressivement imposé comme l’un des médias de référence de notre pays.
Les spaces de
@StanysBujakera, qui font aujourd’hui carton plein avec sont une preuve de l'évolution et de l'adaptation aux transformations technologiques et aux nouvelles manières de produire, de diffuser et de consommer l’information.
Nous entrons en effet dans une époque nouvelle; celle de ce que l’on peut désormais appeler la démocratie numérique.
Et si nous nous demandons aujourd’hui quel journalisme nous voulons pour la République Démocratique du Congo à l’horizon 2036, ma réponse tient finalement en quelques mots ; un journalisme libre, professionnel, responsable, crédible, indépendant et pleinement adapté à l’ère numérique.
Parce qu’une démocratie forte a besoin d’institutions fortes, mais elle a également besoin d’une presse forte, libre et crédible.
PNB